Sur le quai

greceJe n’oublierai jamais le jour où je me suis retrouvée seule sur un quai en Grèce, avec 4 brochettes toutes chaudes à la main. Oui ! oui ! ne riez pas (enfin si, un peu ! )

Vous voyez l’image ? J’avais à peine 19 ans, toute fraiche et mimi, je ne portais qu’un Jean, un petit T.shirt rose et 4 brochettes ; Oui, sur le quai d’un petit port grec quasiment vide. C’est ce que j’appelle un intense moment d’incompréhension et de solitude. Où sont passés mes 3 copains ?

Je vous situe l’histoire. J’étais en vacances, en 4L avec mon copain et 2 autres garçons en moto. Nous avons suivi toute la côte italienne, puis la côte yougoslave, contourné l’Albanie et nous sommes arrivés en Grèce ! Je me laissais vivre, chouchoutée par les 3 garçons qui s’occupaient de tout. Je ne cherchais même pas à savoir quelles étaient nos étapes ! bref, la déconnexion complète, les vraies vacances ! (sourire de béatitude)

J’avais juste entendu que pour le retour nous devions prendre 2 bateaux, 1 pour une courte distance et l’autre pour presque 18h00 de trajet.

Par une belle matinée ensoleillée nous sommes arrivés sur un quai. Il y avait foule ! un nombre impressionnant de véhicules, garés dans tous les sens, en attente pour monter dans le bateau qui n’était pas encore là. L’ambiance était chouette, ça parlait dans toutes les langues, ça riait, l’attente commençait à être un peu longue, mais nous étions tous de très bonne humeur.

On a vu un bateau arriver lentement vers le port et c’est à ce moment là que les 3 garçons ont eu une petite faim. Ils m’ont gentiment demandé si je voulais bien aller chercher des brochettes dans la petite rue au bout du port pendant qu’ils rentreraient les véhicules dans le bateau si c’était le nôtre. Il y a tellement de monde et de voitures que j’aurai largement le temps d’aller acheter les brochettes. Je prends juste un peu de monnaie et j’y vais tranquillement.

Ca sent très bon et ça vaut le coup d’attendre car d’autres ont eu la même idée et les brochettes sont magnifiques. Enfin mon tour arrive, il n’y a plus que moi, j’en commande 4, je les vois griller doucement et mes papilles en frétillent déjà !

Je repars enfin triomphalement avec mes 4 belles brochettes à la main, contente de mon achat et de la joie des garçons quand ils me verront arriver avec des souvlakis aussi appétissantes et là…….. je stoppe net ! le quai est vide ! quoi ? comment ça le quai est vide ? J’ai du me perdre ! il doit y avoir un autre quai ailleurs, c’est évident ! Je tourne dans tous les sens et je dois bien me rendre à l’évidence, ce petit port n’a qu’un seul quai. Bon OK, mais où ont été atomisés les centaines de personnes et de véhicules ? hein ? ça ne disparait pas comme ça quand même ! Je lève les yeux, nan ! nan ! pas d’ovni ! ouf ! c’est déjà ça !

Incrédule, je m’avance sur le quai avec mes brochettes en bouquet et je cherche désespérement les garçons lorsqu’il me semble entendre vaguement, venant de très loin, un sifflement léger et des « cris murmurés  » mais je n’arrive pas à les situer. Je scrute la mer et au bout d’un long moment j’arrive à entrevoir le bateau, tout petit, beaucoup-trop-petit-parce-que-déjà-loin ! je devine à peine les 3 garçons en train de s’agiter et crier des mots que je n’entends pratiquement pas !

Je n’oublierai jamais ce moment étrange sur ce quai complètement vide quand j’ai réalisé que les garçons, la voiture et la moto étaient dans ce bateau !

J’étais plantée là, avec mes superbes brochettes à la main.

Probablement avec un air hébété ; Je n’y croyais pas ! ce n’était pas possible, ce n’était qu’un gros coup de soleil sur ma tête sans chapeau, je devais sûrement halluciner. Oui c’est ça ! une grosse hallucination à cause du soleil ! c’est bien ça comme idée ! ça tient la route et donc, comme toute hallucination, ça va passer hein ?

Ben non !

Je n’oublierai jamais ce sentiment de « perdition », étant sans argent et sans papier, sans parler le grec, sans savoir où j’étais et où on allait puisque je me laissais porter et ne m’occupais de rien…. (re sourire de bonheur)

Ils avaient osé laisser sur le quai la seule fille ? rhaaaaaa !!! (regard noir de colère)

Après quelques secondes d’angoisse, je prends les choses en mains (enfin avec celle qui est sans brochettes) et je cherche l’agence qui doit vendre les billets du bateau. Je saurais ainsi si le trajet est court et attendre les garçons pour les trucider ou si je dois trouver une ambassade pour me faire héberger !

J’ai beau chercher, rien ! pas d’agence, pas de bureau, rien je vous dis ! à part quelques pêcheurs qui commencent à arriver et qui regardent un peu « trop beaucoup » vers moi avec un air salace. Mais ce sont sûrement mes brochettes qui leur font envie, oui c’est sûr, ce sont mes belles brochettes qui les attirent, et pas mon petit T.shirt rose hein ?

Je suis un peu perdue là, et dans une colère noire. Je vais m’asseoir sur un gros rocher pour réfléchir à la situation. Je dois sauvegarder mes brochettes des yeux lubriques qui deviennent de plus en plus nombreux…. ce sont MES brochette et puis j’ai besoin d’enguirlander in petto les garçons l tous les 3 ! je ne leur épargne rien ! c’est monumental ! dantesque ! je suis tellement furieuse que je ne regarde même plus autour de moi. Erreur ! je suis trop isolée dans ces gros rochers. Il y a de plus en plus d’hommes qui se rapprochent. On pourrait attenter à la dignité de mes brochettes ! Vaut mieux que j’aille au milieu du quai en priant la déesse de la « fille paumée sur un quai » (en Grèce il y a beaucoup de déesses…. j’ai une petite chance ! ) pour que le bateau revienne avant la nuit. En attendant je continue à menacer les garçons des pires tortures, parce que me laisser là avec mes brochettes, ça ne se fait pas ! nonmého !

Je n’oublierai jamais la tête des 3 garçons tout penauds en descendant du bateau quand ils sont revenus 4 heures plus tard, osant à peine me regarder (si ! si !) m’expliquant que l’embarquement s’était fait très vite, sans normes de sécurité (c’était vrai ! je l’ai vu quand à mon tour j’ai pris le bateau AVEC les garçons) ils pensaient que ça prendrait beaucoup plus de temps, vu le nombre de véhicules, et embarquant la voiture et la moto en dernier j’aurais le temps de revenir. Malgré les explications des garçons, les marins n’ont pas voulu attendre qu’ils viennent vite me chercher…. le bateau devait partir. Il est parti. Sans moi ! Les garçons n’en menaient pas large ! Heureusement qu’il s’agissait du trajet court !

Je n’oublierai jamais que ces 4 heures d’attente furent plus que salutaires pour que je calme ma colère, sinon je les aurais transformés eux mêmes en brochettes !

Vous pouvez retrouver les commentaires publiés sur mon ancien blog ici

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