L’instant d’après

imagesL’instant d’avant elle était simplement là, sur cette planète, à cet endroit bien précis, seule parmi des milliards d’êtres humains.
Elle avait ce besoin indispensable de se situer sur le globe terrestre, de savoir vers quelles terres lointaines se dirigeait son regard.
Elle se perdait tout le temps, mais elle savait toujours dans quel sens elle était sur cette planète. C’était rassurant et cela lui donnait l’impression d’avoir les pieds sur de la terre.
Elle avait ses repères, la montagne dans son dos, les premières collines tout près, la mer devant les yeux. Cette mer qu’elle aimait tant regarder en janvier et février, au moment du coucher du soleil, avec ces couleurs parfois improbables, captivantes, irréelles, le clocher St Michel qui se découpe sur la droite. Un moment magique, un espace précieux…

Ailleurs ? ailleurs c’est partout. C’est le désert qui dévaste, celui qui assèche même un jeune coeur. Le désert ? oui, c’est ça, le désert.
L’instant d’avant, elle était en plein désert, sans soleil.

Il fallait cette fraction de seconde dans sa vie et il y eut l’instant d’après. Quand il parlait, c’était pour elle, ne voyant plus les autres. Elle qu’il regardait droit dans les yeux tout en continuant la conversation. Tout ce qu’il disait aux autres, c’était pour elle, l’unique, l’élue. Elle a enfin commencé à vivre. Ca ressemblait drôlement au bonheur se disait-elle. Il fut la seule personne à qui elle ait fait confiance. ça lui faisait bizarre au début, il a fallu du temps pour accepter, mais c’était bon à vivre, alors elle a enfin lâché prise. La complicité était si forte, si évidente. Elle était enfin en sécurité, rassurée, et elle ne se lassait pas de la tendresse au quotidien.
Ils étaient très indépendants, c’était indispensable, Ils n’envisageaient pas que l’on puisse aliéner sa liberté, mais lorsqu’ils étaient ensemble, ils étaient très tactiles et ne se concevaient qu’en étant reliés. Lorsque l’un s’éloignait, l’autre le cherchait. Ils se tenaient toujours la main, il aimait aussi poser la sienne sur son épaule ou sur sa nuque. Il fallait ce contact, toujours, indispensable, incontournable.
Ca faisait souvent sourire, il y en a que ça énervait, mais ils s’en moquaient. Ils étaient bien et ils n’avaient besoin de personne. ils savaient interrompre ces moments fusionnels avec sérénité dès lors qu’ils n’étaient plus sur le même lieu. Chacun retrouvait son espace, c’était délicieux.

23 ans plus tard il doit partir. Il n’a pas le choix. C’est son chemin de vie. C’est brutal. Quand on n’a pas le temps de s’habituer à la possibilité de l’absence, on se quitte maladroitement, sans un mot en regardant le sol, sans pleurer parce qu’on n’y croit pas. Elle n’a pas eu le temps de se sevrer de sa tendresse et de sa présence. L’instant d’après ? elle n’est plus la priorité de personne.

Tiens, le désert est là ! elle le reconnait bien. C’est violent, tellement violent…mourir lentement. L’instant d’après elle va fermer son coeur et les volets bleus, elle va jeter la clef…

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12 réflexions au sujet de « L’instant d’après »

  1. Texte émouvant, qui nous parle plus ou moins, mais ne nous laisse en tous cas pas indifférent(e)s ! magnifique récit, comme toujours, que j’aime lire dans ton bel univers qui a le mérite de sortir de … l’ordinaire ! merciiiiiii – belle journée à toi – yvonne.

  2. Une histoire très personnelle, et en même temps qui parle à beaucoup… Au moins, ces expériences permettent-elles d’écrire des choses fortes et touchantes, comme ici…

  3. Super beau texte…tellement touchant. Cette histoire, c’est un peu aussi la mienne, dans son ensemble…louve sauvage non domptée encore, avec un idéal jamais trouvé…puis il vint. Ce fut l’extase, dans tous les sens du mot…une période de ma vie très courte, mais si riche, incomparable et inexplicable…car ils n’existent pas encore les mots pour le dire…on se sentait tous les deux enfin arrivés chez-nous quoi! Puis ce fut le départ…brutal, ingrat, et chacun de son côté, on en meurt…mais il devait en être ainsi faut-il croire.

    • C’est probablement l’histoire de beaucoup… Ensuite il faut le temps du deuil pour survivre et celui de la résilience pour revivre…
      Comme tu le dis, il devait en être ainsi. A nous de travailler en soi pour arriver à entrer en acceptation pour trouver la paix intérieure.

  4. dans le désert il se peut qu’il y ai un oasis, c’est une image certes un peu facile a dire, dans le désert chaud aussi chaud qu’il est froid la nuit, il y a la solitude , comme cette phrase si juste, un seul être vous manque et tout est dépeuplé, (Lamartine)

      • bah oui , mais ce qui a été avant a été, je m’adressai aussi aux personnes esseulées actuellement dont je fais partie ! helas je sais que jamais ne n’aurai un compagnon maintenant, pffff, bon bref passons, je voulais te dire que j’ai cédé aux chiens j’en ai eu marre, j’ai oté mon beau tapis, et je vais le mettre dans ma chambre, sinon le pipi continue, j’ai eu ds la cuisine et wc, c’est le bazar, Galipette elle va dehors, et je la vois plus mais elle rapplique, c’est a cause des chiens qui la course toujours, je suis fort décue, bon agathe elle, toujours aussi cool, sauf mémere elle reclame toujours a manger lol, mais elle trop mignonette

        • Ce qui a été restera toujours. On n’oublie jamais. Entrer en acceptation ne veut pas dire oublier. On n’efface pas sa vie, on la poursuit et l’essentiel est d’arriver à continuer avec un coeur apaisé.
          C’est tout un travail, qui demande du temps, et souvent de l’aide que l’on peut fort heureusement trouver avec de bons professionnels et qui permet un jour de ne plus dire « je resterais seule »…
          Je sens bien ta souffrance, très présente, et cela m’attriste de te savoir dans cette étape de ta vie. Je te souhaite très fort d’arriver à passer à l’étape suivante et ainsi de suite pour arriver enfin à l’étape où tu te sentiras de nouveau en vie…
          Je t’embrasse et te fais un gros câlin de réconfort.
          Pour les chiens, je te réponds en mp.

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