De l’amour comme s’il en pleuvait


 

C’est bon, c’est vraiment très bon. Pourtant ça fait mal. Une petite fille a mal par toutes les larmes retenues, tous les baisers non reçus, tous les mots doux jamais entendus, les câlins jamais reçus.
Comment faire pour accepter l’amour quand on n’a pas l’habitude ?

Il commence à faire nuit, je compte jusqu’à 50 et si celui qui sort de la petite cabine en bois est un vieux, j’y vais ! Si personne ne sort ou si c’est un jeune, je m’en vais.

… 47, 48,… J’entends un bruit de pas derrière moi, je me retourne, j’oublie 49 et 50, j’oublie de regarder si quelqu’un sort de la petite cabine en bois. J’entends une voix qui me demande si j’attends. Oh ! Quelqu’un qui parle français ! J’ai envie de fuir et pourtant je dis oui. Venez, me dit-il, il y a un banc près des arbres, c’est mieux qu’une cabine et nous y serons tranquilles. Silencieuse, je suis le jeune homme. Je suis déconcertée, je n’avais pas prévu ce schéma là ! Je voulais un vieux moi, qui soit expérimenté, qui me guide, et je me retrouve devant un gamin. Ca va pas le faire, ça va pas le faire ! Vaut mieux que je m’en aille… Courage fuyons !

Pardonnez moi mon Père parce que j’ai péché. Je ne sais pas quoi vous dire, je ne me suis pas confessée depuis plus de 20 ans. J’ai dit des gros mots, j’ai menti, je suis gourmande, je n’ai pas toujours été gentille, mais voilà quoi, moi je ne sais pas quoi vous raconter, et pourtant je suis devant vous ce soir, sur ce banc, dans ce pays que je ne connais pas. Je ne sais même pas si j’ai vraiment voulu cette rencontre car j’étais prête à m’enfuir, je suis désolée, mais ne sais pas quoi vous dire, vaut mieux que je m’en aille.

Asseyez vous plus confortablement et détendez vous me dit le tout jeune prêtre. D’où venez vous ? La France ? Moi de Belgique ! Relaxez vous, nous avons le temps malgré la nuit qui vient. Dites moi, là sans réfléchir, comme ça, à quoi pensez vous ?
A rien ! navrée, mais à rien et pourtant de mes lèvres sortent des mots, je lui dis que je pense que je devrais avoir des regrets, mais ce n’est pas le cas et ça ne me gène pas et je crois que ça devrait me gêner.
Mais pourquoi je dis ça moi ? Que se passe t-il ? Je n’y pensais même plus à tout ça ! Pourquoi ces mots sont sortis de ma bouche ? Et puis c’est bizarre cette sensation. Ce n’est pas moi qui parle, les mots viennent d’ailleurs, c’est vraiment étrange, que m’arrive t-il ?

Le jeune homme en soutane me regarde gentiment et me pose alors une question toute simple. Je reste interloquée, sidérée même. Soudain le rideau se déchire, soudain je comprends, soudain je mets des mots sur mes maux, là ! comme ça ! en une fraction de seconde ! soudain je sais !
Il n’attend pas ma réponse car il sait lui aussi. Il prend mes mains et me dit doucement une phrase que je n’oublierai jamais.
Comment un si jeune homme peut-il être capable de me dire exactement ce que je devais entendre ?  Comment ce presque gamin qui me tient les mains, là sur ce banc, à la lisière de cette forêt si loin de la France a t-il trouvé ces mots là ?

Il me parle encore. Malgré tous mes efforts mes larmes coulent, je n’y comprends rien, je n’ai aucun regret, tout est bien.
Je me sens comme hors du temps, je suis là et je suis partout. Je suis une poussière et je suis une étoile. Je regardais la mort et je suis la vie.
Il pleut, il n’y a pas un nuage mais il pleut de l’amour. Cette impression de me retrouver sous cette pluie d’amour qui tombe sur moi, qui m’imprègne, qui ne s’arrête pas, c’est surprenant, c’est incompréhensible et indescriptible. Je ne contrôle plus rien, je tremble. Je suis seulement là, sur ce banc, dans l’obscurité et je suis baignée d’amour. C’est bon ! oh mon Dieu, comme c’est bon ! Vraiment trop bon. Je n’ai pas les mots pour décrire cette pluie d’amour qui me fait tant de bien et me fait très mal. La petite fille en moi réalise à quel point le manque d’amour a été douloureux.
L’amour était, est et sera toujours et je ne le savais pas. Je ne savais pas que j’y avais droit. Que de temps perdu à vivre debout, mais blessée. C’était bien plus dur que je ne l’imaginais, ça fait mal de savoir que j’aurais pu être épargnée. J’ai été bien plus forte que je ne le pensais, j’ai survécu plutôt bien que mal. Maintenant je sais que j’ai le droit de pleurer et de me laisser aimer.

Le jeune prêtre impose ses mains sur ma tête et prie pour moi. Je ne peux rien faire. Je suis tétanisée. Alors il prie encore et encore, de tout son coeur.
Je voudrais lâcher prise, lâcher ma douleur, mais elle est tenace. Je laisse la pluie tomber sur moi, cette pluie d’amour qui vient d’ailleurs.
Il me dit que je suis bénie et que le temps viendra pour moi… il me dit que l’amour c’est gratuit… il me dit qu’il fallait que ce soit lui et moi ce soir là et personne d’autre… Je le remercie entre mes larmes. Avant qu’il parte je lui dis que lui aussi est béni.

Aimer quelqu’un, en général on sait faire, plus ou moins bien. Accepter de se laisser Aimer… quand on n’a pas l’habitude, C’est difficile. C’est délicieux et c’est douloureux alors parfois on se protège de l’amour. Quel gâchis !

Je veux de l’amour, de l’amour comme s’il en pleuvait…

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19 réflexions au sujet de « De l’amour comme s’il en pleuvait »

  1. Une pluie de mots … d’amour et d’émotion … tout est si bien écrit ! merci ma douce amie pour ce partage d’une profondeur qui va loin, très loin … peut-être jusqu’à l’âme, en tous cas bien plus loin que le coeur ! merci à toi et … sois bénie, oui, sois bénie mon amie ! Je le suis de t’avoir rencontrée, même si c’est virtuel … yvonne.

  2. Comme le manque d’amour peut faire mal, tu as mis des mots sur des émotions que j’ai ressenties très longtemps, j’ai lu ton texte qui m’a tellement touchée que j’ai versé quelques larmes et cette chanson de Lynda Lemay complète vraiment bien ton écrit! Bravo ladyelle, quel superbe partage! Bonne semaine, mes amitiés,

    Gigi

  3. …bravo…merci Lady…magnifique chanson oui, elle dit tous ces mots qui me ressemble…mais plus que tout c’est ton texte qui m’a touchée et transpercée jusqu’au fond du coeur et des os. Que de douleur ma belle…une enfant enfouie en toi qui crie, un homme venu de nulle part mais qui semble détenir le secret de la délivrance. J’ai eu mal en lisant ton texte ma belle…tu es vraiment l’une des rares personnes que je lis dernièrement qi a réussi a faire couler une larme sur ma joue, mais surtout sur mon coeur. Continue d’écrire mon amie, tu es unique! Bon mardi et gros bisous.

  4. blessée……………….et tout commence alors , une autre vie………… on boite on marche pas droit, et pourtant on veut, on cherche alors, blessée ! voulant s’accrocher à un espoir de vie normale, et puis on oublie quelque peu, et puis on se souvient lorsque la blessure s’ouvre à nouveau, blessée d’un coeur qui saigne , en attente l’autostopeuse veut que s’arrete pour l’emener vers l’AMOUR

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