C’est moi le chef !

phone juillet 2013 309Deux gardians, celui du fond porte un des tridents (llong bâton avec un trident en fer, servant à piquer les taureaux pour les contenir entre les chevaux durant le parcours)

La fête votive annuelle du village dure 4 jours,s’enchaînent alors les tournois de pétanque, les courses de caisses à savon et autres concours de déguisements. Les forains font tourner les manèges et ça sent bon la barbe à papa. La brasérade est offerte par la municipalité, tout le monde se rejoint sur la place, on retrouve les amis, les voisins, chacun apporte un dessert qu’on partage avec les autres tablées. Les orchestres se succèdent chaque soir, une année on a même eu Johnny sur scène ! presque comme le vrai et c’était pas si mal ! … Ce sont des jours joyeux.

Chaque journée est marquée midi et soir par l’arrivée des manadiers pour préparer les abrivados. Je ne connaissais pas mais j’allais vite apprendre étant aux premières loges. Je vous explique un peu comment ça se passe.
Le départ a lieu à 30 mètres de chez moi ! le camion est resté au soleil depuis des heures, les taureaux à l’intérieur doivent étouffer et se fatiguer, ils seront probablement moins difficiles à contrôler. A l’autre bout du circuit, le camion qui transportait les chevaux est vidé et prêt à recevoir les taureaux à la fin du parcours qu’ils referont plusieurs fois.
On entend enfin le coup de canon annonciateur du début de l’abrivado prévenant les gens qu’il faut se mettre à l’abri, ou passer derrière les barrières de sécurité. Moi je reste témérairement à ma fenêtre, prête à me planquer courageusement si un des taureaux vient à sauter dans la maison (ça s’est déjà vu ! ).
Les manadiers vont faire preuve de dextérité sur leur chevaux, tridents en mains, en menant les taureaux dans la rue principale. Pendant ce temps, les jeunes gens fougueux, habitants du village, rarement des vacanciers qui n’ont pas l’habitude, essaieront de faire échapper un de ces gros bestiaux, qui en leur attrapant la queue, qui en attrapant les cornes pour stopper le taureau afin qu’il ne soit plus sous le contrôle des gardians. Les plus forts iront même jusqu’à faire plier le taureau pour que ses cornes touchent le sol. Parfois le taureau s’échappe malgré les sécurités, il ira courir la garrigue et les vignes. Il faudra qu’il soit retrouvé dans les heures qui suivent pour qu’il puisse retourner sain et sauf dans sa manade.

Les touristes sont contents, le spectacle est surprenant et quand les taureaux foncent vers la foule, ça crie, ça rigole, on se met vite à l’abri malgré les barrières de protection, parce que ça fait peur quand même, ils sont impressionnants ces taureaux, ce ne sont pas des vachettes !

Chaque jour une manade différente fait démonstration de son talent. Les habitués comparent le travail, le choix des taureaux, le nombre de passages, la difficulté selon l’expérience des gardians qui font sortir du camion jusqu’à quatre taureaux en même temps encadrés bien serré par une dizaine de chevaux  !

Lorsque les passages sont terminés, un autre coup de canon annonce la fin de l’abrivado, on peut de nouveau circuler tranquillement.

Bien évidemment, chaque été, la famille ou les amis de passage veulent profiter de ce spectacle, donc je les accompagne, pour les guider, pour veiller à leur sécurité… A ce sujet, j’ai eu une frayeur  Une de celle qu’on n’oublie pas !

Approchez, asseyez vous confortablement, je vais vous raconter.
La première année de mon installation à Bout de Brousse, ma famille est venue en vacances, nous étions dans un village voisin au moment d’une abrivado qu’aucun d’entre nous ne connaissait. Je pensais donc avoir trouvé un endroit sécure pour moi et ma nièce de 5 ans, tout en ayant un excellent point de vue depuis depuis une petite plate forme bien haute située dans le virage. Nous pouvions voir les taureaux arriver de face et après ce fameux virage les voir continuer de dos, c’était nickel ! J’aurais du me demander pourquoi sur un aussi bon endroit pour tout voir, il n’y avait que ma petite bichette et moi !
Tout se passe bien et nous sommes impressionnées lorsque nous voyons les taureaux arriver droit vers nous et virer au dernier moment entourés des cavaliers. C’était bien jusqu’au moment ou un des taureaux échappant aux gardians a sauté sur la plate forme, j’ai eu la trouille de ma vie ! Quand c’est comme ça, c’est fou comme le cerveau fonctionne vite ! deux secondes, c’est court, mais pas assez ! une pour attraper ma nièce comme je pouvais et une pour me précipiter dans un angle et la cacher derrière moi faisant un rempart pour la protéger et il était déjà à 30 cm de moi (j’ai mesuré ! ). Je vous assure que ça fait très bizarre. J’ai décidé très fort que l’énorme taureau essoufflé et énervé que j’avais devant moi partirait sans nous faire du mal. Je ne sais pas si j’ai pensé si fort que ça, mais il m’a regardée, puis il a fait demi tour, essayant de sauter, mais c’était haut. J’ai cru qu’il allait rester bloqué là. Je ne pouvais pas bouger sans attirer l’attention du taureau, et je cherchais désespérément à prendre ma nièce dans les bras et surtout comment trouver la force pour la lancer dans ceux de mon ex mari qui, arrivé en courant, se trouvait en contre bas de la plate forme. Mais à 5 ans, on pèse déjà son pesant de poids et moi je suis un petit modèle, de plus j’étais trop loin, je n’aurais pas réussi et ça me torturait de ne pas réussir à la mettre à l’abri. Je lui disais que tout allait bien, qu’il ne fallait pas qu’elle s’inquiète, mais en fait, elle ne voyait pas grand chose car je la tenais bien cachée derrière moi. Au bout de quelques instants qui m’ont parus des heures, le taureau est enfin parti !

Deux gardians qui n’enserraient pas les autres taureaux étaient descendus de leurs chevaux pour nous secourir avec leurs tridents mais ils ne sont pas arrivés à monter assez vite sur la plate forme qui était très haute. L’un d’eux m’a dit que j’avais eu de la chance, j’ai répondu fièrement « C’est moi qui commande au taureau, c’est moi le chef ! « . Il m’a regardée d’un air intrigué, il a regardé vers le taureau, il a ouvert la bouche, restant un instant silencieux, et a fini par me dire « comment avez vous fait ?  »  puis, il a haussé les épaules et a rejoint ses collègues. Ben quoi ! Fallait bien que je frime un peu pour cacher à quel point j’avais eu la frousse ! s’ils avaient bien serré les taureaux, l’un d’eux ne m’aurait pas fait coucou de si près ! et après tout, peut être que je ne fais pas que murmurer à l’oreille de… mais aussi des taureaux ! 😉
C’est les jambes tremblantes que je suis descendue de la plate forme et que je suis rentrée chez moi.

Mais pour tout vous dire, quand je n’ai pas de vacanciers, je ne participe pas aux abrivados car j’aimerais bien qu’on laisse les taureaux et les chevaux tranquilles !

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