La Californie

P1020459J’imaginais la Californie comme une carte postale, le soleil, les plages, les belles blondes en maillot et rollers, les beaux gosses bodybuildés tentant de nous faire croire que c’est naturel…

Pour quitter San Francisco nous avons choisi de longer la côte californienne et avons découvert une très jolie route sur ce bord de mer escarpé. Les virages à n’en plus finir, à la lisière de forêts magnifiques nous laissent découvrir un décor que les studios d’Hollywood ne peuvent imiter. Ces forêts somptueuses sont heureusement déclarées sites protégés ainsi que la côte recouverte de tapis de fleurs rousses à flanc de coteaux menant à des criques et des calanques sublimes. Un ravissement.

La Californie, c’est aussi des loutres batifolant dans les algues, regardez bien, tout en bas, oui, elles sont juste là….    Un léger vent doux et tiède, nous offre les conversations lointaines des otaries et des éléphants de mer, quelques virages plus loin et de nouveau le calme, le silence, les points de vue inattendus, la quête comblée de mon amoureux sur les traces de Kerouac et de  Miller. Les chaudes couleurs du jour font la révérence devant la tendre luminosité qui va nous mener vers une soirée bleutée.

La Californie c’est aussi l’impossibilité de capturer un coucher de soleil sur l’océan, beau à couper le souffle et la surprise d’arriver juste à temps pour voir les elephant seal se faire des mamours pour se souhaiter bonne nuit et s’affaler de tout leur poids bien confortablement sur le sable, les plus jeunes serrés en petits groupes, bien en sécurité. La satisfaction d’apprendre que l’humain fait aussi de belles choses en les sauvant d’une disparition certaine.
C’est le plaisir d’être ensemble pour admirer, sentir, aimer. C’est la gentillesse et la courtoisie autour de nous. Le temps qui ralentit pour nous laisser du temps…

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L’instant d’après

imagesL’instant d’avant elle était simplement là, sur cette planète, à cet endroit bien précis, seule parmi des milliards d’êtres humains.
Elle avait ce besoin indispensable de se situer sur le globe terrestre, de savoir vers quelles terres lointaines se dirigeait son regard.
Elle se perdait tout le temps, mais elle savait toujours dans quel sens elle était sur cette planète. C’était rassurant et cela lui donnait l’impression d’avoir les pieds sur de la terre.
Elle avait ses repères, la montagne dans son dos, les premières collines tout près, la mer devant les yeux. Cette mer qu’elle aimait tant regarder en janvier et février, au moment du coucher du soleil, avec ces couleurs parfois improbables, captivantes, irréelles, le clocher St Michel qui se découpe sur la droite. Un moment magique, un espace précieux…

Ailleurs ? ailleurs c’est partout. C’est le désert qui dévaste, celui qui assèche même un jeune coeur. Le désert ? oui, c’est ça, le désert.
L’instant d’avant, elle était en plein désert, sans soleil.

Il fallait cette fraction de seconde dans sa vie et il y eut l’instant d’après. Quand il parlait, c’était pour elle, ne voyant plus les autres. Elle qu’il regardait droit dans les yeux tout en continuant la conversation. Tout ce qu’il disait aux autres, c’était pour elle, l’unique, l’élue. Elle a enfin commencé à vivre. Ca ressemblait drôlement au bonheur se disait-elle. Il fut la seule personne à qui elle ait fait confiance. ça lui faisait bizarre au début, il a fallu du temps pour accepter, mais c’était bon à vivre, alors elle a enfin lâché prise. La complicité était si forte, si évidente. Elle était enfin en sécurité, rassurée, et elle ne se lassait pas de la tendresse au quotidien.
Ils étaient très indépendants, c’était indispensable, Ils n’envisageaient pas que l’on puisse aliéner sa liberté, mais lorsqu’ils étaient ensemble, ils étaient très tactiles et ne se concevaient qu’en étant reliés. Lorsque l’un s’éloignait, l’autre le cherchait. Ils se tenaient toujours la main, il aimait aussi poser la sienne sur son épaule ou sur sa nuque. Il fallait ce contact, toujours, indispensable, incontournable.
Ca faisait souvent sourire, il y en a que ça énervait, mais ils s’en moquaient. Ils étaient bien et ils n’avaient besoin de personne. ils savaient interrompre ces moments fusionnels avec sérénité dès lors qu’ils n’étaient plus sur le même lieu. Chacun retrouvait son espace, c’était délicieux.

23 ans plus tard il doit partir. Il n’a pas le choix. C’est son chemin de vie. C’est brutal. Quand on n’a pas le temps de s’habituer à la possibilité de l’absence, on se quitte maladroitement, sans un mot en regardant le sol, sans pleurer parce qu’on n’y croit pas. Elle n’a pas eu le temps de se sevrer de sa tendresse et de sa présence. L’instant d’après ? elle n’est plus la priorité de personne.

Tiens, le désert est là ! elle le reconnait bien. C’est violent, tellement violent…mourir lentement. L’instant d’après elle va fermer son coeur et les volets bleus, elle va jeter la clef…