La lettre

Photo internetMa chérie,
Je t’écris pour te dire à quel point je t’aime.
Sans le savoir je te cherchais, je t’attendais Ouvre ta porte, regarde mes yeux et vois comme tu es belle. Ecoute moi te dire la tendresse, le désir, et mes mots comme des caresses. Laisse moi inventer l’amour et t’apprivoiser en secret sans briser ta liberté.
Surtout ne crains rien car mon coeur est tien. Viens, entre dans mon monde, parcours en tous les chemins. Je peux écrire pour toi les mots qu’on ne dit pas, je veux te voir les lire et me laisser ton sourire, pouvoir comme un chat me réchauffer à ton soleil si tu m’en donnes le droit.
Viens danser dans mes bras mon amour, prends ma main et surtout ne la lâche pas…

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L’homme en noir

Quand je l’ai rencontré, je ne savais pas que je penserais souvent à lui.

Albuquerque, au Nouveau Mexique, est une ville immense dont nous ne visiterons essentiellement que le plus vieux quartier. Mon amoureux se régale à photographier les bâtiments style adobe, les spécificités indiennes, l »ambiance…  Capturant les couleurs, les lumières, les transparences.

J’étais donc seule et je marchais tranquillement, mémorisant au maximum pour faire provision de souvenirs, profitant pleinement du calme étonnant qui se dégageait. J’aime bien flâner comme ça au hasard, une et anonyme, découvrir un territoire, croiser des inconnus, passer sans laisser de trace ou faire des rencontres parfois étonnantes. Il y a très peu de monde et pas de véhicule, c’est rare et appréciable.

L’homme en noir est assis sur le muret qui entoure l’église ocre au coeur de la plazza historique. Dès que je l’ai vu, mon coeur a été immédiatement attiré, comme happé.
Je ne me suis pas arrêtée mais seulement assise un peu plus loin et je l’ai regardé.
Lorsque je suis passée devant lui j’ai eu soudain la sensation de ne plus être seule dans ma promenade ! Ah bon ? Le destin me fait un signe, je le sais, je le sens, mais comme à chaque fois, c’est indéfinissable. Je ne comprendrais qu’a posteriori qu’il s’agit de celui que je viens de croiser et qui ne m’a d’ailleurs même pas vue.

Un jeune homme s’est posé près de moi, comme pour détourner mon attention. Je l’observe un instant, mais mon esprit est aussitôt rattrapé par cet autre là bas sur le muret. Le visage du biker en noir semble tanné par le soleil, il vient peut être des indiens ?
Il est immobile; mais quelque chose m’interpelle, un peu comme si nous nous étions déjà connus… C’est bizarre.
Aucune rencontre n’est anodine, je le sais. Impossible de définir ce qui me donne envie d’entrer en contact. Il est certain que nous avons quelque chose à partager puisque j’ai envie de lui parler. Je n’ose pas. Je me raisonne et je me sens un peu bête, je ne vais pas aller vers lui comme ça, je ne saurais même pas quoi lui dire… Sans savoir pourquoi, j’ai eu cet élan, j’ai écouté mon coeur qui me disait « go » (oui mon coeur parle anglais quand il le faut) Parfois, il faut savoir ne pas réfléchir pour laisser les choses se faire simplement.

Hi ! may I take a picture ? Je sais, ce n’est pas très original comme entrée en matière, mais c’est la seule chose qui m’est venue à l’esprit. J’attends une longue seconde, et il me répond OK. puis il ajoute I can’t smile ! Je sais à cet instant précis, avec fulgurance, qu’il sera dans mes prières. Sa voix grave est chaude, surprenante de douceur. Contrairement au style américain, il parle lentement, comme s’il réfléchissait chaque parole prononcée.
Il répète, I can’t smile ! J’ai l’impression de le déranger et suppose donc qu’il ne voudra pas discuter. J’en suis déjà désolée, prête à le laisser tranquille. J’imagine qu’il est peut être triste ou qu’il ne veut pas montrer une dentition laissée à l’abandon, je prends donc très vite une photo pour ne pas l’importuner davantage, et je le remercie.

Il y a une magnifique moto rouge, absolument superbe, garée tout près. Je dis qu’elle est splendide, je le remercie encore et lui dis au revoir. Je pars et sa voix tranquille et douce me rattrape aussitôt. Il n’a toujours pas bougé, seul son visage se tourne vers moi. Il me demande alors d’où je viens, je réponds : from France. Je m’attends à ce qu’il ne connaisse pas, comme souvent les américains, et je me prépare à dire ‘Pârisss », en général ça marche mieux, mais à mon grand étonnement ce sera inutile.

Je découvre alors son magnifique sourire. Il me demande mon prénom, combien de temps je vais rester, si c’est la première fois que je viens…

Il est tellement calme et mesuré dans ses paroles… Comme un chef indien qui ne prononce que les mots nécessaires.
Il me dit qu’il s’appelle John, il voyage ici où là, sa maison est son pays. Il me dit aussi qu’il a 76 ans, qu’il est vieux et va bientôt aller là haut en me montrant le ciel avec sa main. Je lui réponds qu’il a le temps ; Il a un petit geste qui me laissera songeuse. Il est très beau, j’ai envie de le lui dire, et bien d’autres choses encore, mais je ne sais pas comment faire passer le message en anglais sans que cela soit mal interprété, alors je ne dis rien…

Je me retourne et je le vois de dos, il marche d’un pas tranquille et souple.
La silhouette noire avance droit devant sous le soleil. Nos routes se séparent et ma prière commence en silence…

Longue et douce vie à toi JohnP1020591