Je me souviens

phone juillet 2013 305Dans le clair obscur du jour qui s’enfuit je me souviens. C’était il y a longtemps je crois. La vie m’a fait envie. C’était un moment si intense. J’ai retenu mon souffle.
Le soleil a forcé la carapace, quelque chose a libéré l’insidieuse souffrance. Le printemps me rendait enfin douce et j’aimais que cela se voit.
Mon âme s’épanouit, je ne peux rien y faire. Je fais celle qui ne voit pas, mon âme s’envole. Je suis la reine solitaire qui choisit toutes les choses qui la chavirent. Guerrière pacifique qui aime se perdre en terre inconnue, je ne crains ni le feu ni le fer, je ne suis pas si faible qu’on le pensait.
Quelquefois je tombe sur mon chemin c’est vrai, mais je me relève, larmes bien cachées, ce n’est pas bien grave tout ça. Longtemps encore j’étreindrais la lumière, j’en profiterais chaque seconde. J’ai délaissé l’ombre.

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Le retour

_DSC5662Ayééé ! Elle est enfin de retour ! La fille de mon amoureux est revenue d’un an d’études au Japon.
Comme ses 17 ans la rendent de plus en plus belle, elle est rayonnante, déjà nostalgique, elle avait bien envie de rester encore un peu là bas et pourtant heureuse de retrouver ceux qu’elle aime.

Son papa plein d’émotions, qui n’en pouvait plus de l’attendre et qui maintenant n’en peut plus de contempler sa fille adorée, ses 2 frangins qui ont bien grandi durant tous ses mois d’absence. Et puis les photos qu’elle nous fait partager, tant de choses à nous raconter car le deal durant cette année d’immersion complète était d’avoir le moins de contact possible avec la France. Elle savoure les bons petits plats français qu’elle commençait à regretter un peu et que je lui mitonne avec amour… Elle retrouve doucement ses repères, ses copines, lundi prochain elle retournera au lycée et mettra les bouchées doubles pour passer les épreuves de français du bac…

Enfin, elle est là, et mon amoureux entouré de ses 3 petits va passer la plus jolie des Saint Valentin.

A vendre

MEDION DIGITAL CAMERAJe vais la vendre. Oui, je la vends parce qu’elle me fait des caprices un peu trop souvent.
Quelques fois elle grogne et parfois elle fait l’andouille et ça m’énerve.
Elle aime jouer à cache-cache mais elle boude si je ne la retrouve pas assez vite.
Les jours de pleine lune elle se noie dans un verre d’eau et sombre au plus profond des abîmes.
Quand elle est de bonne humeur sa couleur devient rose tendre, elle ronronne et ça fait du bruit.
Lorsque s’en vient l’heure bleue des soirs d’été elle rit aux éclats et s’envole comme une libellule pour frôler les étoiles et je ne sais plus où elle est.
Equilibriste précaire et téméraire elle se fait funambule sur le fil de ma vie. Bref, elle me fatigue.
Je la vends, mais pas à n’importe qui évidemment. Elle est fofolle mais pas moi ! J’ai longuement réfléchi (enfin, pas trop quand même) et j’ai trouvé.
Je vends mon âme aux déesses des macarons, mais faudra qu’elles payent le prix fort, ce sera macarons de Gérard Cabiron jusqu’à la fin de mes jours (dans très beaucoup longtemps) Voilà ! C’est décidé ! Hop !
Quand elle verra à qui je la vends, la seule chose qu’elle pourra me dire c’est un Merci Gourmand !

J’ai emporté son sourire…

A Djerba la Douce, en 2004, je pars en vacances avec des amis. Nous prenons du bon temps, on devient dorés comme des brugnons, les « gazous » draguent les « gazelles », la vie est belle, nous n’avons que l’embarras du choix entre plages, excursions et visites… nous nous vidons la tête des soucis, de la vie quotidienne, de la France. C’est la détente et l’insouciance, on nage, on rigole, on court.. on a envie de croire que la vie est belle et on y arrive ! nous marchons beaucoup et j’aime me fondre dans la foule, parler avec les gens du pays, écouter les mots que je ne comprends pas,  voir toutes ces couleurs, happer par-ci par-là les parfums des épices,  boire un bon thé à la menthe avec mes potes, à l’ombre d’une jolie terrasse, parler de tout et de rien. Je me sens bien et je réalise à quel point j’ai de la chance. Cette petite semaine de vacances va me faire un bien fou, j’en suis sûre mais j’étais loin d’imaginer à quel point !

Par une belle journée de soleil, nous décidons d’aller nous balader au gré de nos envies, Nous savons que rien n’est anodin, et nous irons là où le vent nous mènera. Nous passons devant un centre spécialisé pour enfants qui nous semble bien modeste et nous décidons d’aller faire un don. Le directeur nous reçoit, il tient absolument à nous faire visiter l’établissement qui est plus que sobre et qui manque visiblement d’équipements adaptés. Il nous entraine fièrement vers une salle de classe où un professeur spécialisé essaie d’aider les enfants. J’écoute son discours mais très vite je lâche prise car un petit garçon d’une dizaine d’années assis sagement à son bureau devant moi attire de suite mon attention.

Nous nous « regardons » pourtant son regard est presque vide. Je me sens mal à l’aise. il ne détourne pas la tête un seul instant et je ne comprends pas ce qu’il essaie de dire avec ses yeux. Son visage quasi inexpressif se veut de plus en plus insistant, et moi je reste bêtement plantée là, à le regarder en me posant plein de questions.

Soudain, il s’agite, et dans un grand geste désordonné il lance maladroitement sa main par dessus son bureau, la paume ouverte et il attend.
Je ne comprends pas pourquoi sa main est là pendue dans le vide, à quelques centimètres de moi, je ne sais pas quoi faire, ni quoi dire, mais il est figé, il garde obstinément sa main comme ça et moi je suis toujours plantée là…

Tout d’un coup, j’ai une pulsion et je lui prends doucement la main et là, le choc ! son visage inexpressif prend vie, il me sourit ! mais je veux dire : il me sourit vraiment, du plus profond de son âme.  Tout son visage s’illumine, ses yeux deviennent joyeux. Il paraît véritablement content car il se met à rire et il semble heureux. Une joie authentique émane de ce petit garçon qui me remplit le coeur d’une forte émotion. Je réalise soudain que je reçois plein d’amour. Je ne saurais pas comment l’expliquer, mais c’est très fort ! je ne m’y attendais pas, et  je suis tellement bouleversée que je me prends aussi une bonne paire de baffes émotionnelles ! J’ai besoin de quelques instants pour entrer en acceptation de toute cette émotion, puis à mon tour je suis enfin capable de lui sourire et son regard heureux me transperce le coeur. Je tremble un peu, j’hésite entre les larmes et la joie, je suis complètement désemparée. Puis il faut se dire au revoir, je marche à reculons et lui fais des signes en partant. Jusqu’au dernier moment, il ne me lâchera pas des yeux.

Lorsque j’ai quitté l’établissement j’ai emporté son sourire. Puis j’ai eu honte ! moi l’étrangère, moi la bien portante, moi qui n’ai pas tendu la main la première…

Photo : Philippe C.