Je me souviens

phone juillet 2013 305Dans le clair obscur du jour qui s’enfuit je me souviens. C’était il y a longtemps je crois. La vie m’a fait envie. C’était un moment si intense. J’ai retenu mon souffle.
Le soleil a forcé la carapace, quelque chose a libéré l’insidieuse souffrance. Le printemps me rendait enfin douce et j’aimais que cela se voit.
Mon âme s’épanouit, je ne peux rien y faire. Je fais celle qui ne voit pas, mon âme s’envole. Je suis la reine solitaire qui choisit toutes les choses qui la chavirent. Guerrière pacifique qui aime se perdre en terre inconnue, je ne crains ni le feu ni le fer, je ne suis pas si faible qu’on le pensait.
Quelquefois je tombe sur mon chemin c’est vrai, mais je me relève, larmes bien cachées, ce n’est pas bien grave tout ça. Longtemps encore j’étreindrais la lumière, j’en profiterais chaque seconde. J’ai délaissé l’ombre.

La fraise dans le cerisier

CerisiersWanda, elle est belle ! Très belle ! Et puis elle est forte, rapide, téméraire, fougueuse. Pleinement vivante, une guerrière, libre et incontrôlable, probablement un peu folle aussi, enfin c’est ce qu’il me semble… Je garde de notre rencontre un souvenir inoubliable.

Il y a quelques années, mon (futur ex) mari et moi avons vécu quelques mois dans un village situé au sommet d’une colline. Nous savourions la douceur, le soleil, la mer à perte de vue, la tranquillité. Nous étions jeunes et beaux…. Oups ! je m’égare là !

Parce que nous étions terriblement sympathiques (si, si !) nous avons rapidement fait connaissance avec tous les habitants du centre ville (Ils étaient 23 quand même) et nous avons fait considérablement chuter la moyenne d’âge (78 ans avant notre arrivée). Nous étions de toutes les parties de pétanques et des rassemblements festifs. La vie était douce.
Je me souviens des jolies ballades sur un chemin aboutissant sur une minuscule et adorable chapelle abandonnée. Des cerisiers poussaient sur les terrasses à flanc de colline, leur somptueuse floraison printanière laissait augurer des fruits en abondance. Je n’osais pas, et surtout je ne savais pas à qui demander la permission d’en cueillir une poignée lorsque le moment serait venu.

Mais le hasard fait parfois bien les choses  Une des mamies avec laquelle j’aimais bien discuter me dit un jour « les cerisiers sur les terrasses en contre bas du chemin sont miens, si tu veux bien me ramener un petit panier de cerises, tout ce que tu peux cueillir sera pour toi, moi je suis trop vieille, je ne peux plus y aller ».

Hmmm !  la perspective des cerises bio cueillies par mes petites mimines et aussitôt mangées, peut être même pousser l’audace jusqu’à faire le premier pot de confiture de ma vie.. Oh mais voui, bien sûr, je vais me dévouer pour rendre ce service à cette gentille mamie.

Il faut que je précise un détail d’importance importante. Nos promenades jusqu’à la chapelle, alors seul et unique bâtiment niché dans son joli écrin de verdure étaient devenues un défi car le vieux Marcel, enfant du village et commissaire de police retraité avait fait construire tout récemment sa maison près de la chapelle solitaire. Il y vivait avec Wanda, prunelle de ses yeux, son doudou, son féroce bébé de 40 kg à la belle robe noire et feu… Je ne sais plus la marque, je crois que c’était un Doberman.

Ah oui, je parlais des cerises ! Nous voilà en contre bas du chemin, sur la 2eme terrasse, tout à notre cueillette, nous régalant du fruit juteux et sucré, des enfants n’auraient pas été plus ravis. L’après midi était doux et magnifique, pas un bruit si ce n’est le chant des oiseaux, pourtant au bout de quelques minutes je me sentis soudain mal à l’aise, comme épiée et ma petite voix, qui ne se trompe jamais, tirait le signal d’alarme !

Je me retournais et… Aïe aïe aïe ! Wanda était là, sur la planche au dessus, à seulement 7 ou 8 mètres de moi. Mais c’est tout près ça ! Beaucoup trop près ! J’avais l’impression d’avoir sa gueule au niveau de mon petit nez…  Elle était immobile, les babines retroussées, n’émettait pas un son et ne me quittait pas des yeux. L’angoisse ! J’étais devenue blanche si tant est qu’on puisse l’être davantage que je ne le suis de nature, je pense que j’ai du frôler la transparence !
Mais depuis combien de temps est elle là ? On n’a rien entendu !

Je respirais à fond pour me ressaisir et essayais de parler sur un ton normal à mon mari occupé sur le cerisier à côté. Retourne toi lentement je lui dis, il y a Wanda juste au dessus, elle va nous bouffer, elle a déjà mordu Madame Mazette il y a 15 jours et Monsieur Papet il y a 1 mois.
II se retourna puis me prévint en me parlant lentement et en me regardant bien droit dans les yeux car il connaissait ma peur des chiens.

– En effet, elle est prête à se jeter sur toi. A mon signal, je vais lancer un caillou au loin pour attirer son attention, tu auras 2 secondes pour grimper dans le cerisier.
– Quoi ? Mais….. je suis petite, la première branche est à 2 mètres de hauteur, je vais faire comment ?
– Tu te débrouilles, mais c’est ta seule chance, tu n’as pas le choix, tu grimpes et c’est tout !

Il lança la pierre et je ne sais par quel miracle, poussée par la peur ou par mon ange gardien, je me retrouvais dans le cerisier ! Egratignée de partout, je saignais, mais j’étais sur ma branche. Tremblante, mais triomphante après cet exploit. Blanche de peur en effet, mais habillée de rouge avec… un chapeau vert je me sentais comme une grosse fraise ! Si ! Si ! C’est simple, fermez les yeux  (pas trop longtemps) et et imaginez…

Wanda était au pied de l’arbre, très menaçante. Cette fois elle grognait et grondait, toujours sans me quitter des yeux. Tous les efforts de mon époux, lui aussi perché dans son cerisier, pour détourner son attention furent vains.

Chacun dans son arbre, ça valait une photo ! Nous aurions pu figurer dans un cartoon ! Qu’allions nous faire ?  La maison de Marcel était à 200 m environ, peut être nous entendrait-il ? Nous nous mettons à hurler bien agrippés à nos branches, je fus prise d’un fou rire nerveux car si la situation était vraiment comique, je n’en menais pas large. Mais pourquoi était-il venu construire sa maison ici ? Et pourquoi avec Wanda ? Rhaaaaa !!! Bon puisque c’était comme ça, je mangeais les plus belles cerises qui maintenant étaient à ma portée ! Voilà ! Je me consolais comme je pouvais. C’est qu’elles étaient encore meilleures celles là ! Je les avais méritées et elles avaient eu leur dose de soleil ! On mangeait et de temps en temps on criait pour appeler Marcel à l’aide.

Nous sommes restés comme ça un long moment. Le soir commence de tomber et puis je n’avais plus envie de cerises moi ! Soudain, ô grand bonheur ! ô joie ! Wanda détourna son regard menaçant et d’un coup fila vers sa maison.

Nous avons attendu qu’elle soit bien loin pour descendre de nos cerisiers respectifs. Je n’y arrivais pas seule, mes jambes tremblaient encore et c’était trop haut pour moi. J’arrivais à poser mes pieds au sol avec l’aide de mon mari.

Nous nous dépêchions pour rentrer, mais soudain un bruit derrière nous nous alertait … Oh non ! Non ! Non et non !  Wanda arrivait à fond de train. Elle se planta devant nous, les crocs bien visibles et elle grogna méchamment ! J’étais livide, les jambes molles et pourtant je n’avais qu’une envie, pulvériser le record mondial du sprint ! Un vrai cartoon je vous dis !

Mon mari ne se démonta pas, il se mit devant moi (ou moi derrière lui, je ne sais plus ! ) et m’intima de ne pas bouger.
Mais c’est dur de ne pas bouger quand on a la frousse. Je m’accrochais à son blouson de mes 2 mains, mais je savais que ça ne suffisait pas alors je collais mon front contre son dos et je fermais les yeux. J’entendais Wanda qui grognait fort et la voix calme et assurée de mon époux : Wanda pas bouger, assis, etc… Et moi je n’avais qu’une envie, prendre mes petites jambes à mon cou, courir de toutes mes forces, très vite, très loin. Mieux ! Je rêvais de téléportation ! De voyage dans le temps ! D’un miracle !
J’entendais les mots autoritaires de mon mari qui ne semblait intimidé devant Wanda toujours aussi menaçante.
Je me convoquais dans mon bureau pour une sérieuse conversation  « Banane ! (oui parce que me traiter de fraise, ça le fait pas) tu ne lâches pas ce blouson, si tu le fais, tu vas mourir ». C’est incroyable la force qu’il m’a fallu pour ne pas lâcher le blouson, je ne savais pas que j’étais capable d’une volonté pareille ! Lutter pour ne pas courir m’avait complètement épuisée et j’ai du user de toute mon autorité pour m’interdire de foncer. C’est fou comme c’était difficile.

Au bout d’un long moment la chienne se détourna soudainement et fila enfin comme une furie. Dès qu’elle fut suffisamment loin mon mari me porta littéralement tellement je tremblais…

Le lendemain je racontais l’histoire à la mamie, en m’excusant pour les cerises que je ne lui avait pas ramenées. J’irais une autre fois lui dis-je, dès que je verrais Marcel dans le village je lui dirais deux mots ou peut être quatre ( pas folle la fraise ! Je n’allais pas aller jusque chez lui hein ! )