Une trace indélébile

livreVous souvenez vous de ce cadeau de Noël qui a laissé une jolie trace indélébile dans votre passé ? Vous savez, ce cadeau pas forcément exceptionnel, inattendu ou pas, mais qui vous a touché en plein coeur ?
Si vous voulez vous prêter à ce petit jeu avec moi, on oublie volontairement les cadeaux teints de chagrin, on s’amuse, on laisse vagabonder notre passé, on saisit au vol le souvenir prégnant du fameux cadeau et on partage, juste pour le plaisir.

Je commence, je vais vous dévoiler celui que je n’oublierai jamais :

J’ai 10 ou 11 ans, un ami de la famille m’offre un paquet. Je ne m’y attendais pas et je ne réalise pas vraiment que c’est un cadeau. J’ouvre et un gros flash de joie et de gratitude m’envahit.
Un livre ! Oui un vrai livre. Enfin ! Un à moi toute seule, qui n’a jamais été lu par une autre avant moi, qui n’a pas été tripoté par des mains étrangères aux miennes.
Je le cache, mais au fond de moi j’exulte, j’irradie, je m’envole encore et encore au fur et à mesure que je découvre, et relirais des dizaines de fois l’histoire de cette petite fille qui prenait un ascenseur qui ne s’arrêtait plus de monter, monter, monter, si haut, si loin..

Photo : Philippe Castelneau

La petite chapelle

IMG_0393J’avais rêvé de parcourir le chemin bordé de cerisiers, qui me mènerait de nouveau à la petite chapelle abandonnée.
Je nourrissais depuis si longtemps cette envie de retrouver les murs chauffés de soleil de ma vieille chapelle cachée dans son nid de verdure, m’adosser à sa porte et peut être y déposer une prière ou quelques souvenirs, prendre un peu de temps et sentir comme autrefois mon âme et mon coeur chavirés me transporter vers l’inconnu, vers des rivages au delà…

Premier choc, le sentier vert et frais que j’aimais fouler les mois de juin légers est maintenant carrossable et bitumé.
Deuxième choc, les cerisiers gourmands sont définitivement remplacés par du béton.
Troisième choc tsunami, séisme, disparue ma jolie chapelle abandonnée, si petite et si fragile.

Gros coup de fatigue ! Vite, m’asseoir sur ce banc placé sur l’aire de retournement qui la remplace. M’asseoir sans même ressentir le besoin de prier, essayant seulement de réaliser que je venais de perdre la partie à jamais, il n’y aura pas de play again.
C’est fou comme parfois ce qui devient définitif m’angoisse. J’ai remarqué que bien souvent cela m’attriste lorsque je n’ai plus de choix. Et à ce moment là devant ma chapelle disparue, l’espace d’un instant un grand vide m’a pris par la main.

Il me reste au fond du coeur une lourde mélancolie et cette colère que je regarde passer.
Je quitte ce banc tout neuf, je reprends ma route.
Pas la peine de pleurer un petit rêve de plus. Je sais que sur cette terre il doit exister un autre petit coin pour moi…

Ca commence à me plaire

IMG_0230Cette sensation tant attendue de printemps imminent.
Le soleil enfin me réchauffe, les oiseaux de la forêt m’enchantent, les merles se répondent en écho et je sais que la musique du rossignol ne saurait tarder.
J’ai de nouveau plaisir à m’asseoir sur ma pierre au soleil, voir mes chats arriver en courant et s’étaler sur mes genoux ou autour de moi.
Envie de penser à rien et savourer toute la vie contenue dans chaque seconde. Voir les soirées s’allonger, devenir douces et me laisser envahir nonchalamment par cette mélancolie tendre, apaisante, par la nostalgie des beaux jours… et continuer à aimer la vie malgré tout.

A la vie, à l’amour
Que ces moments-là restent en nous pour toujours
A l’amitié, aux beaux jours
Qu’ils éclairent vos parcours
Bonne route et à demain
Que rien ne sépare jamais nos chemins

Bonne chance et prenez soin
Du monde autant que de vous
Au bonheur, au plaisir
Que le cynisme jamais ne vous abîme
A la musique, à nos rires
Qu’ils sachent nous réunir.

Que vous appreniez d’hier, que les traces
De vos pères jamais ne s’effacent
Que la santé vous garde
Et que des enfants
Vous chantent un jour
A vous rendre sourds

A la vie, à l’amour
Que ces moments-là restent en nous pour toujours
A l’amitié, aux beaux jours
Qu’ils éclairent vos parcours
Bonne route et à demain
Que rien ne sépare jamais nos chemins
Bonne chance et prenez soin
Du monde autant que de vous

Que vous posiez votre pierre à la tâche
Votre jolie lumière, votre grâce
Soyez curieux, ne cessez jamais d’apprendre
Voir, écouter, sentir, entendre.

A la vie, à l’amour
Que ces moments-là restent en nous pour toujours
A l’amitié, aux beaux jours
Qu’ils éclairent vos parcours
Bonne route et à demain
Que rien ne sépare jamais nos chemins
Bonne chance et prenez soin
Du monde autant que de vous
Au bonheur, au plaisir
Que le cynisme jamais ne vous abîme
A la musique, à nos rires
Qu’ils sachent nous réunir

A la vie (J. J. Goldman pour P. Fiori)IMG_0229

Chanson d’automne

Chanson d’automne
Verlaine

Les sanglots longs
Des violons
De l’automne
Blessent mon coeur
D’une langueur
Monotone…

Les souvenirs d’automne, c’est la rentrée scolaire, l’odeur du papier des cahiers neufs et des livres déjà abimés par les plus grands, c’est l’encre bleue qui tâche les doigts, la toute nouvelle gomme parfumée au Malabar de ma copine de banc, le petit pot de colle blanche avec la si mignonne petite spatule de mon voisin de devant, le crayon à papier tout neuf, le bruit de la craie sur le tableau noir, pas vert ! vraiment noir !
C’est aussi le vieux cartable de l’année passée, qui fera bien encore un an de plus, les nouveaux souliers parce que j’ai grandi… Je ne savais pas que j’aurais du apprécier cette période, quand on a hâte de devenir grand, parce que, e, c’est fichu ! même si je le veux très fort, tout ce que je peux faire, c’est juste grandir… en largeur ! et zutalors !
On se levait quand le maître entrait dans la classe, on attendait qu’il nous autorise à nous asseoir et je pouvais enfin ouvrir le beau cahier neuf, en me promettant de le garder tout beau toute l’année, et comme toutes les bonnes résolutions, je laisse tomber le projet dès la première tâche d’encre !

A la récré les filles jouaient à l’élastique ou à la corde à sauter et les garçons au ballon ou à « chat perché »… Quand des élèves se chamaillaient, ils se mettaient une bonne beigne, le maître les punissait cent fois « je ne dois pas me battre dans la cours de récréation » et à la sortie je voyais les mamans venir chercher leur progéniture avec un goûter à la main….

C’est l’image idyllique c’est vrai, elle me plait, elle est désuète, mais elle est tendre. Cette image d’Epinal me fait sourire à l’intérieur. J’aime l’automne qui s’approche lentement. J’aime cette saison presque autant que le printemps.
Je pense qu’on va bientôt commencer à cocoonner, novembre est là, il faudra sortir la couette et les chats vont adorer se pelotonner dedans après notre travail d’équipe.

Les vignes brillent au soleil après la pluie, les platanes habilleront les rues d’un épais tapis doré craquant sous les pas, le vent fera des folies et les feuilles s’envoleront dans dans tous les sens… Les cheminées commenceront à fumer et les amoureux continueront à s’embrasser, mais devant un feu de bois, bien au chaud, blottis sur leur canapé.

Mes souvenirs d’automne ce sont aussi les écharpes en laine et les gants que l’on sort lorsque souffle la tramontane, c’est le bout du nez rouge, c’est la nuit qui tombe vite, et c’est le soupir de soulagement de mon amoureux quand il rentre fatigué et qu’il me sourit quand je l’accueille.

Bon pour l’instant, il fait encore doux alors va falloir attendre un peu pour sortir la couette !

L’heure bleue

Melting Potes 07.2010.2Les hirondelles m’appellent. J’aime les regarder fuser de toutes parts, prévenant ceux qui attendent. Le moment est enfin arrivé. C’est l’heure bleue. L’heure où mon coeur se déshabille.

Le printemps s’est installé, je savoure comme une gourmandise cet espace de ma vie. Je me sens comme le ciel au crépuscule, le bleu pâle commence à foncer légèrement, tendre et mélancolique.

Je n’ai pas les mots pour expliquer cette impression. Tout ce qui est en devenir est déjà réalisé. Une boucle du temps me joue un joli tour. C’est étrange et délicieusement troublant.

J’aspire alors à me retrouver au calme, faire la paix avec la vie. Le tumulte de la journée s’apaise. La terre et les fleurs exaltent leurs parfums, les oiseaux chantent encore avant que le rossignol prenne le relais pour la nuit. C’est particulièrement doux.

Rester sans parler. Ecouter, sentir, savourer. Prendre le temps de regarder le ciel changer, accueillir cette nostalgie précieuse à mon coeur, la laisser m’envahir et prendre toute sa place.
Sur la terrasse, m’asseoir sur ma pierre. Surtout ne pas bouger. Rester immobile et en éveil total, c’est important. Regarder mes chats s’étaler autour de moi. Respirer lentement. Lever de nouveau les yeux vers l’univers. Avoir cette indéfinissable sensation là et si loin. Douceur d’être ? ou de n’être pas ?
Me perdre dans le temps, dans le bleu du ciel, être éthérée, en suspens…
Sentir cette mélancolie me faire du bien, croire que tous les possibles sont permis. Sentir l’heure bleue si prégnante et devenir à mon tour insaisissable, libre et m’envoler avec les hirondelles…..

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