La rage au ventre

taikoAvril 2008, je suis au Japon. J’ai visité des lieux merveilleux du nord au sud. Les temples, les jardins, les atmosphères, les onsens, les parfums, Les sakura, les saveurs…  J’ai fait le plein de calme, de zenitude, de thé vert, de nuits futonesques (Aïe ! ) J’en ai pris plein les mirettes et plein le coeur. Maintenant retour à la civilisation. Les derniers jours de mon voyage sont réservés à Tokyo. Cette ville gigantesque est surprenante et fascinante, je veux tout voir de cette mégapole. Faudra que j’y retourne, c’est sûr…

J’ai depuis longtemps envie d’assister à un concert de Taiko car j’aimais déjà les entendre et les voir à la télévision, alors j’imagine qu’en vrai ce doit être très-beaucoup-plus-mieux-bien.
Quand je dis que j’ai de la chance, c’est vraiment vrai. Un concert est prévu demain à l’Opéra. Vite prendre un billet en espérant que ce ne soit pas complet. Je me mélange très vite les kanji alors je fais intervenir mes amies Yumiko et Midori qui, depuis Kyoto, arrivent miraculeusement à me trouver un billet qui m’attend à la conciergerie de mon hôtel. Elles sont fortes mes copines !

Le lendemain soir j’arrive à trouver l’Opéra de Tokyo,  et croyez moi, c’est déjà pas mal car le sens de l’orientation et moi…. Euh ! Comment dire ? … En fait ça ne se dit pas quoi !
Je m’installe, j’admire les wadaiko qui attendent leurs musiciens dans la pénombre de la scène, et  j’observe les japonais autour de moi et leurs façons de se comporter, c’est très intéressant.

Puis la salle s’assombrit et la scène apparaît en pleine lumière, les tambours sont encore plus beaux. J’entends une présentation en voix off en japonais, puis, fort heureusement pour moi, également en anglais, le concert commence et l’incroyable s’accomplit.

Au fur et à mesure des prestations des différents artistes sur les daikon et différents tambours, le concert monte en puissance au même rythme que les émotions enfouies se frayent un chemin en moi. J’en ai des frissons et lorsque les deux magnifiques taikomen entrent en action sur leur immense tambour cela me prend aux tripes.
D’énormes colères intérieures enfouies bien profondément cherchent à s’exprimer et j’ai la rage au ventre et l’amour au coeur. Mes larmes resteront en attente bloquées par je ne sais quelles barrières, mais je vibre. Mon corps entier est en vibrations, il est tout à la fois en violence et en douceur. J’en tremble. Je suis l’homme et le taiko, je suis le son et l’air, je suis la lumière et l’invisible. Je suis l’amour et la peur, je suis la poussière et l’infini. Je suis vie et je suis musique. Je suis prière et enchantement. Les pieds sur terre, ancrée devant le tambour géant, ma sensibilité cognant de toute sa force la peau tendue du taiko, et la tête levée vers le ciel, l’âme en bandoulière…

Taiko1

La scène

DSC01974-1Cette nuit là, mon coeur battait très fort, c’est vrai. J’étais tellement contente. Notre groupe avait travaillé dur pour faire un joli concert.
J’ai réconforté notre chanteuse qui avait le trac, j’ai vérifié ma tenue, mon maquillage et hop ! sur scène !
Nous avions notre fan club bien sûr, comme les grandes vedettes ! toutes les familles étaient là, mais aussi les amis, les amis des amis, les voisins… ils étaient tous là et ils ont « fait du bruit » lorsque nous sommes apparus. A cet instant là mon âme était déjà en joie. J’avais envie de donner ce que j’avais de meilleur.

Nous avons commencé notre prestation et la foule était en délire (au moins 150 personnes, ça fait une foule ça ! non ? oui ? enfin presque ! ) Ca leur plaisait et tout mon groupe se donnait tout comme je donnais de tout mon « choeur »…

Les chansons s’enchainaient, c’était plus que sympathique, nous voulions donner du bonheur et ça se sentait m’a-t-on dit plus tard. Je ne saurais décrire ce que j’ai ressenti. J’ai découvert et compris ce que veulent dire les professionnels quand ils assurent prendre tant de plaisir sur scène. Maintenant je sais.  On se donne à fond et surtout on reçoit tellement d’amour et de sympathie du public, c’est jouissif, tout simplement et c’est bon. C’est vraiment très bon.

Je ne voulais plus descendre de la scène, j’aurais pu continuer encore longtemps, mais il fallait céder la place aux groupes suivants. Lorsque nous avons salué pour remercier, les copains m’ont agrippée, puis poussée, pour enfin me prendre dans leurs bras pour que je parte. Ca faisait rire tout le monde alors j’en ai rajouté un peu, histoire de rester quelques secondes de plus sur scène et les amis dans la salle ont joué le jeu, ils riaient et hurlaient pour un bis. J’ai fait mes « yeux du chat potté » aux musicos du groupe. Yessss! gagné ! Ils en avaient envie eux aussi. On a joué encore 2 morceaux. J’étais comblée. Puis, sous les applaudissements, et les cris d’amitié, les musiciens ont rangé leurs instruments et les choeurs ont récupéré les partitions. J’ai débranché mon micro puis j’ai regardé notre chanteuse, elle avait le sourire, nos regards se sont croisés et nous sommes tombées dans les bras l’une de l’autre pour partager ce joli moment de complicité, nous étions heureuses. Les répétitions et les heures de travail étaient récompensées. On attendait déjà avec impatience la prochaine fois….

Mains enlacées

DSC05027- mains enlacéesLorsqu’il s’approche enfin de moi, je frémis d’impatience, le moment que j’attendais est arrivé. Il me sourit, me fait un clin d’oeil,  me tend sa main. Je lui offre délicatement la mienne, la pose doucement dans sa paume, tendre mais ferme, et elles s’enlacent naturellement. Puis il m’attire vers lui, il me place très exactement face à lui et nos yeux s’aimantent aussitôt. Désormais je lui suis acquise si je veux que mon plaisir soit complet. C’est ainsi, on n’a pas le choix.

D’un signe de tête le Maître ordonne, la musique enfin nous enveloppe. Au début je reste concentrée, attentive à bien discerner ce qu’il attend de moi, puis, très vite, la musique prend enfin sa place. Je le laisse me guider. Parce qu’il le fait si bien. Parce que nos pas s’harmonisent naturellement. Je me fais désirer pour mieux m’abandonner, c’est un jeu délicieux. La souplesse et la sensualité font place à la technique, je me laisse emporter par ses bras puissants mais bienveillants. Il se doit de bien me guider, prenant soin de me faire comprendre d’une pression ce qu’il attend de moi. Docile, je le suis, puis je le fuis. Il lui appartient de me reconquérir… Je me dérobe, puis je l’affronte, impérieuse et fatale, il espère et enfin me récupère pour mieux m’asservir. Je redeviens légére et sinueuse, épousant jusqu’à son corps, nos mains de nouveau enlacées. L’homme conquérant au regard triomphal, ses yeux rivés aux miens, me rend légère, précieuse, unique. Je le sais enfin mien. Il n’y a plus que lui et moi au monde…
La musique se tait, le Maître me remercie et se dirige vers une autre élève et moi vers un autre danseur…
Merci  à Marc mon professeur de tango.

Photo empruntée à Philippe Castelneau