Je me souviens

phone juillet 2013 305Dans le clair obscur du jour qui s’enfuit je me souviens. C’était il y a longtemps je crois. La vie m’a fait envie. C’était un moment si intense. J’ai retenu mon souffle.
Le soleil a forcé la carapace, quelque chose a libéré l’insidieuse souffrance. Le printemps me rendait enfin douce et j’aimais que cela se voit.
Mon âme s’épanouit, je ne peux rien y faire. Je fais celle qui ne voit pas, mon âme s’envole. Je suis la reine solitaire qui choisit toutes les choses qui la chavirent. Guerrière pacifique qui aime se perdre en terre inconnue, je ne crains ni le feu ni le fer, je ne suis pas si faible qu’on le pensait.
Quelquefois je tombe sur mon chemin c’est vrai, mais je me relève, larmes bien cachées, ce n’est pas bien grave tout ça. Longtemps encore j’étreindrais la lumière, j’en profiterais chaque seconde. J’ai délaissé l’ombre.

La petite chapelle

IMG_0393J’avais rêvé de parcourir le chemin bordé de cerisiers, qui me mènerait de nouveau à la petite chapelle abandonnée.
Je nourrissais depuis si longtemps cette envie de retrouver les murs chauffés de soleil de ma vieille chapelle cachée dans son nid de verdure, m’adosser à sa porte et peut être y déposer une prière ou quelques souvenirs, prendre un peu de temps et sentir comme autrefois mon âme et mon coeur chavirés me transporter vers l’inconnu, vers des rivages au delà…

Premier choc, le sentier vert et frais que j’aimais fouler les mois de juin légers est maintenant carrossable et bitumé.
Deuxième choc, les cerisiers gourmands sont définitivement remplacés par du béton.
Troisième choc tsunami, séisme, disparue ma jolie chapelle abandonnée, si petite et si fragile.

Gros coup de fatigue ! Vite, m’asseoir sur ce banc placé sur l’aire de retournement qui la remplace. M’asseoir sans même ressentir le besoin de prier, essayant seulement de réaliser que je venais de perdre la partie à jamais, il n’y aura pas de play again.
C’est fou comme parfois ce qui devient définitif m’angoisse. J’ai remarqué que bien souvent cela m’attriste lorsque je n’ai plus de choix. Et à ce moment là devant ma chapelle disparue, l’espace d’un instant un grand vide m’a pris par la main.

Il me reste au fond du coeur une lourde mélancolie et cette colère que je regarde passer.
Je quitte ce banc tout neuf, je reprends ma route.
Pas la peine de pleurer un petit rêve de plus. Je sais que sur cette terre il doit exister un autre petit coin pour moi…

Devant la Croix

IMG_0087Entendre pleurer mon coeur et ne plus bouger,
l’écouter souffrir et ne pas pouvoir prier
serrer les poings et respirer difficilement,
la gorge nouée, les yeux fermés
Reconnaitre la douleur et tomber lentement
Pour m’agenouiller devant la croix

Laisser couler le temps et puis enfin tout dire, crier en murmurant
Entendre mon coeur qui s’apaise
Savourer mes solitudes et partager mes silences
Sentir quelque chose de tendre en moi.
Me prendre un coup de printemps dans la gueule
Sourire, ouvrir les yeux et me relever
Debout devant la croix

La rage au ventre

taikoAvril 2008, je suis au Japon. J’ai visité des lieux merveilleux du nord au sud. Les temples, les jardins, les atmosphères, les onsens, les parfums, Les sakura, les saveurs…  J’ai fait le plein de calme, de zenitude, de thé vert, de nuits futonesques (Aïe ! ) J’en ai pris plein les mirettes et plein le coeur. Maintenant retour à la civilisation. Les derniers jours de mon voyage sont réservés à Tokyo. Cette ville gigantesque est surprenante et fascinante, je veux tout voir de cette mégapole. Faudra que j’y retourne, c’est sûr…

J’ai depuis longtemps envie d’assister à un concert de Taiko car j’aimais déjà les entendre et les voir à la télévision, alors j’imagine qu’en vrai ce doit être très-beaucoup-plus-mieux-bien.
Quand je dis que j’ai de la chance, c’est vraiment vrai. Un concert est prévu demain à l’Opéra. Vite prendre un billet en espérant que ce ne soit pas complet. Je me mélange très vite les kanji alors je fais intervenir mes amies Yumiko et Midori qui, depuis Kyoto, arrivent miraculeusement à me trouver un billet qui m’attend à la conciergerie de mon hôtel. Elles sont fortes mes copines !

Le lendemain soir j’arrive à trouver l’Opéra de Tokyo,  et croyez moi, c’est déjà pas mal car le sens de l’orientation et moi…. Euh ! Comment dire ? … En fait ça ne se dit pas quoi !
Je m’installe, j’admire les wadaiko qui attendent leurs musiciens dans la pénombre de la scène, et  j’observe les japonais autour de moi et leurs façons de se comporter, c’est très intéressant.

Puis la salle s’assombrit et la scène apparaît en pleine lumière, les tambours sont encore plus beaux. J’entends une présentation en voix off en japonais, puis, fort heureusement pour moi, également en anglais, le concert commence et l’incroyable s’accomplit.

Au fur et à mesure des prestations des différents artistes sur les daikon et différents tambours, le concert monte en puissance au même rythme que les émotions enfouies se frayent un chemin en moi. J’en ai des frissons et lorsque les deux magnifiques taikomen entrent en action sur leur immense tambour cela me prend aux tripes.
D’énormes colères intérieures enfouies bien profondément cherchent à s’exprimer et j’ai la rage au ventre et l’amour au coeur. Mes larmes resteront en attente bloquées par je ne sais quelles barrières, mais je vibre. Mon corps entier est en vibrations, il est tout à la fois en violence et en douceur. J’en tremble. Je suis l’homme et le taiko, je suis le son et l’air, je suis la lumière et l’invisible. Je suis l’amour et la peur, je suis la poussière et l’infini. Je suis vie et je suis musique. Je suis prière et enchantement. Les pieds sur terre, ancrée devant le tambour géant, ma sensibilité cognant de toute sa force la peau tendue du taiko, et la tête levée vers le ciel, l’âme en bandoulière…

Taiko1

Bénédiction

neemrana-fort-palaceJe n’oublierai jamais ces quelques semaines en Inde, au Rajasthan…

Je n’oublierai jamais cette soirée avec Sudhir,, l’air était doux, l’encens parfumait légèrement la grande terrasse sur le toit de l’ancien palace, au loin les mélopées nous berçaient, nous étions seuls.
Il a murmuré qu’il sentait tant de douleur en mon coeur. Il m’a demandé s’il pouvait prier pour moi et me bénir. J’ai accepté.
Il a pris mes mains et a commencé à prier pour moi sous les étoiles.

Puis je lui ai demandé la permission de le bénir à mon tour et de prier pour lui.
Il a accepté.

Moment très intense et privilégié, très fort partage entre deux religions, entre deux races, entre deux terriens…..

 

Photo internet

Armelle au bois dormant

coucouViens, viens dans mes bras mon amie, que tes larmes de joie aux miennes se mêlent.
Viens déposer ta peine et laisse les plus belles attentes se glisser en toi car Armelle au bois dormant se réveille lentement de sa trop longue nuit.
Les médecins sont optimistes, Les progrès de ta fille sont incroyables et tous les espoirs sont permis. Coucou a-t-elle dit avant de dormir un peu pour prendre des forces.
Viens dans mes bras mon amie, il faut maintenant trouver la force de laisser du temps au temps.
Nous ne remercierons jamais assez l’équipe médicale et tous ceux qui se sont unis autour d’Armelle par la pensée ou par la prière.
Merci au ciel, à toutes et tous, Merci infiniment, éternellement, éperdument… Merci.

 

photo internet

Armelle

photos portable 2010 003Le téléphone a sonné cette nuit. De sa voix douce et tremblante, mon amie m’a parlé de sa fille.

Armelle s’est faite renversée par un chauffard mardi.

Elle est entourée de machines, beaucoup (trop) de machines. Coma profond ont ils dit. On ne peut pas se prononcer

Armelle est authentique, courageuse, intelligente, et en plus elle est jolie. Elle est aussi sans complaisance et cela perturbe certains…

Armelle est en quête, elle est en chemin sur ses propres sentiers, sa foi au chaud dans son coeur.

Armelle m’avait dit, un jour où elle affrontait une épreuve terrible ‘Si j’entre en acceptation, alors tout arrive pour le mieux » avec ce regard tendre et  mystérieux de ceux qui savent lâcher prise quand d’autres s’agrippent de toutes leurs forces à leurs douleurs.

Armelle recommençait à vivre et son sourire me faisait penser à celui qu’elle avait sur les photos quand elle était enfant. L’image s’est envolée, on voudrait croire qu’elle ne fait que dormir.

Autour d’elle une chaine de prières s’est spontanément créée…  Quelle que soit l’issue, que la force de l’Amour soit avec elle et sa famille.

Ainsi soit-il.

Les volets bleus

 

ob_655bb00433b8d334bb459bb996645488_volets-bleusJ’ai fermé fort les yeux, mais ça ne suffisait pas.

J’ai fermé les volets, et mon coeur aussi. La lumière ne peut plus entrer.

Tout ira bien, ne t’inquiète pas. Plus personne ne peut venir. Tu peux te coucher maintenant et dormir à l’infini.

Il fait sombre mais je n’ai pas peur. Je ne crains plus rien, je suis déjà en prison. La maison est bien close et n’accueillera plus la lumière. J’ai gardé la clef bien cachée.

Un jour, j’ai même croisé les mains et je suis tombée à genoux. Terrassée par la douleur ? pour prier ? en vain. Alors je me suis relevée et j’ai gardé les mains fermées.

Pourtant, avec les mains entravées, derrière les volets fermés, j’ai pitoyablement essayé d’entamer la danse de la liberté.

Elle est difficile celle là, je sais, je sais…

Je suis bien là, dans le noir. Je ne veux pas savoir qui n’est plus là. Je crie en silence, c’est épuisant, mais je crie longtemps. Personne n’entend. C’est bien.

Les volets sont toujours fermés et mes mains restent liées.

J’ai donné mes larmes dans les ténèbres, j’ai inondé mon lit, j’ai dévasté mon coeur et je me suis contentée d’appeler mes chats près de moi.

Ne crains rien, personne ne te forcera à sourire si ce n’est toi même.

Que la vie m’emporte ailleurs. Il fait noir là bas aussi, je sais que je peux y aller.

Dans la petite maison, les volets bleus sont toujours fermés

Personne ne verra ta détresse, reste bien cachée sous ta couette.

Un jour quelqu’un a ouvert les volets. J’ai même cru que j’allais pouvoir enfin les laisser comme ça.

Tu t’es trompée, mais ce n’est pas grave, tu restes encore debout. Dans le noir, mais debout.

J’ai juste refermé les volets de la petite maison et j’ai gardé la clef bien cachée.

J’ai mal à mon âme, j’ai mal à la vie. Mon corps s’effondre, il me trahit et je lui en veux.

Je t’ai vue, tu as prié, supplié, invoqué, jeûné, essayé de te livrer comme pour te libérer. Tu as la force pour continuer ?

Pour continuer ? j’ai laissé la petite maison fermée et je suis partie. J’ai marché longtemps. J’ai vécu quelque chose qui ressemble à la vie, en tout cas j’y ai cru, un instant. J’ai même souri, trop et j’ai parlé, beaucoup, pour pouvoir tout cacher.

J’ai essayé de faire entrer la lumière, mais j’ai oublié comment il faut faire. J’ai le coeur en panne.

Oui je sais, il est en miettes, il ne fonctionne plus et ça te fait vraiment peur.

Je reviens dans la maison aux volets clos. J’ai voulu perdre la clef pour être sûre de ne pas la retrouver.

Regarde derrière toi, n’oublie pas que les traces de pas ne sont pas les tiennes, mais celles de Celui qui t’a portée quand tu es tombée.

Les volets bleus de la petite maison sont bien fermés. J’ai jeté la clef. Je ferme fort les yeux mais ça ne suffit pas…

Vous pouvez retrouver les commentaires publiés sur mon ancien blog ici