Sur la route noire

Madouce 2013Sur la route noire je t’emmène MaDouce, ma tendresse, mon trésor.
Nous t’avons dit combien nous t’aimons et longtemps nous t’avons murmuré des mots doux.
Ce n’est pas facile de te dire adieu tu sais.
Sur la route noire je ralentis. Je voudrai ne jamais arriver. Je ralentis. J’essaie de retarder le dernier moment. Je ralentis encore.
Prenez votre temps me dit le vétérinaire. Oui je veux encore du temps avec toi, tes câlins, tes ronrons, t’entendre roucouler de bonheur.
Je ne veux pas te laisser. Blottie dans mes bras tu t’endors pour toujours. Je ne peux pas  te laisser. Je te garde contre mon coeur, je me dis que si je t’aime encore plus fort tu vas te réveiller et réclamer tes caresses. Je n’arrive pas à te laisser. Prenez votre temps me dit-on encore doucement. Je n’arrive toujours pas à te laisser.
Merci MaDouce, ma tendresse, mon trésor pour ces 17 ans de bonheur mais comme c’est dur d’y renoncer, d’entrer en acceptation. Je prie pour avoir la force.
Tu as fait de mon chéri un esclave de papouilles heureux. Son coeur triste a besoin d’un signe… Et lorsqu’il rentrera ce soir il me dira que sur le parking il a vu se câliner et jouer 2 chatons identiques à MaDouce et Kambouie qui t’attendait là haut…
Sur la route noire je suis rentrée sans toi MaDouce, ma tendresse, mon trésor.

Yoda et Câlinou te cherchent, la maison bien vide sans toi.

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Je me souviens

phone juillet 2013 305Dans le clair obscur du jour qui s’enfuit je me souviens. C’était il y a longtemps je crois. La vie m’a fait envie. C’était un moment si intense. J’ai retenu mon souffle.
Le soleil a forcé la carapace, quelque chose a libéré l’insidieuse souffrance. Le printemps me rendait enfin douce et j’aimais que cela se voit.
Mon âme s’épanouit, je ne peux rien y faire. Je fais celle qui ne voit pas, mon âme s’envole. Je suis la reine solitaire qui choisit toutes les choses qui la chavirent. Guerrière pacifique qui aime se perdre en terre inconnue, je ne crains ni le feu ni le fer, je ne suis pas si faible qu’on le pensait.
Quelquefois je tombe sur mon chemin c’est vrai, mais je me relève, larmes bien cachées, ce n’est pas bien grave tout ça. Longtemps encore j’étreindrais la lumière, j’en profiterais chaque seconde. J’ai délaissé l’ombre.

En attente

P1020471Assise sur le sable, baignée de silence, je suis en attente. Tout est calme et doux. J’attends depuis longtemps.
Je vois une silhouette très loin là bas, je sais que c’est lui. Il marche, il n’arrête pas de marcher.
Je ne veux pas bouger, j’attends. Il marche à grandes enjambées lentes et terriblement élégantes, sa longue robe claire flotte légèrement autour de lui. Il avance, il s’approche, sa tête est légèrement penchée, ses longs cheveux noirs cachent un peu son visage. Enfin il est là face à moi, il me regarde sans rien dire, ses yeux verts sont toujours aussi mystérieux. Je devine qu’il sait à quel point j’ai envie de lui poser la question, mais il sait que je ne dirais rien. Je ne veux pas parler, pas bouger, ce moment doit rester intact.
Assise sur le sable je reste en attente.
Il pose sa main sur mon épaule, il me fixe intensément et j’aime ça, puis il met un doigt devant ses lèvres. Chuuut !!!! Il se redresse, reste debout à mes côtés. L’homme qui marche est immobile, il s’assoit sur la sable tout près de moi et nous regardons longtemps l’horizon, le temps passe tranquillement jusqu’au soir. L’heure bleue dans le désert est un festival de couleurs je me dis.
Je me demande aussi s’il va encore me montrer le petit livre…
Je ne bouge pas mais je perçois que le vent léger fait doucement bouger ses cheveux longs, je me dis qu’il est beau. Il se penche si près de moi que son visage frôle ma joue quand il me murmure des mots que je n’entends pas puis le poète qui marche se lève et reprend sa route à l’infini.

La petite chapelle

IMG_0393J’avais rêvé de parcourir le chemin bordé de cerisiers, qui me mènerait de nouveau à la petite chapelle abandonnée.
Je nourrissais depuis si longtemps cette envie de retrouver les murs chauffés de soleil de ma vieille chapelle cachée dans son nid de verdure, m’adosser à sa porte et peut être y déposer une prière ou quelques souvenirs, prendre un peu de temps et sentir comme autrefois mon âme et mon coeur chavirés me transporter vers l’inconnu, vers des rivages au delà…

Premier choc, le sentier vert et frais que j’aimais fouler les mois de juin légers est maintenant carrossable et bitumé.
Deuxième choc, les cerisiers gourmands sont définitivement remplacés par du béton.
Troisième choc tsunami, séisme, disparue ma jolie chapelle abandonnée, si petite et si fragile.

Gros coup de fatigue ! Vite, m’asseoir sur ce banc placé sur l’aire de retournement qui la remplace. M’asseoir sans même ressentir le besoin de prier, essayant seulement de réaliser que je venais de perdre la partie à jamais, il n’y aura pas de play again.
C’est fou comme parfois ce qui devient définitif m’angoisse. J’ai remarqué que bien souvent cela m’attriste lorsque je n’ai plus de choix. Et à ce moment là devant ma chapelle disparue, l’espace d’un instant un grand vide m’a pris par la main.

Il me reste au fond du coeur une lourde mélancolie et cette colère que je regarde passer.
Je quitte ce banc tout neuf, je reprends ma route.
Pas la peine de pleurer un petit rêve de plus. Je sais que sur cette terre il doit exister un autre petit coin pour moi…

Mise à jour du logiciel

photo internet– Bonjour Madame, Monsieur,comment puis-je vous aider  ? 

– Je voudrais installer le programme «Amour». Pourriez-vous m’indiquer la procédure, s’il vous plaît ?

– Bien sûr, prêt(e)  pour l’installation ?

– Oui, mais je n’y connais pas grand chose en programmation. Par quoi commence-t-on?

– Ouvrir votre cœur est la première étape pour l’installation. Avez-vous localisé votre cœur  ? 

– Oui, je l’ai trouvé. Mais il y a d’autres programmes qui fonctionnent en même temps. Puis-je continuer l’installation tout de même ?

– Voyons voir. Quels autres programmes fonctionnent actuellement dans votre cœur ?

– Et bien, je vois «Blessures-du-passé.Exe», «Mauvaise-estime-de-soi.Exe», «Rancune.doc » et « Colère.com.».

– Pas de problème. L’installation de votre programme «Amour» effacera graduellement les «Blessures du passé» de votre système.
De plus, durant l’installation, le programme «Amour» remplacera votre «Mauvaise estime de soi» par son propre programme intégré, «Meilleure estime de soi».

Par contre, vous devez absolument fermer vos fichiers «Rancune» et «Colère», car ceux-ci pourraient empêcher votre programme «Amour» de fonctionner correctement.

– D’accord, mais pourriez-vous m’indiquer comment les fermer correctement ?

– Allez dans votre menu principal et trouvez le programme «Pardonner». Démarrez-le et faites-lui faire le ménage de votre système au complet.Vérifiez qu’il enlève complètement la «Rancune» et la «Colère». Cela est très important.

– D’accord, c’est fait. Hey ! L’installation du programme «Amour» a démarré !

– Oui, il est programmé pour s’installer aussitôt que la «Rancune» et la «Colère» ont été supprimées de votre système. Vous devriez recevoir un message vous demandant si vous voulez installer  … «Amour pour la vie» dans votre système. Est-ce que vous l’avez reçu ? 

– Oui, je l’ai reçu. Et j’ai répondu oui. Est-il bien installé, maintenant ?

– Oui, mais souvenez-vous que votre programme «Amour» est une version partagée. Vous devriez vous connecter à d’autres cœurs pour des mises à jour essentielles à son bon fonctionnement.

– Oups, je viens de recevoir un message d’erreur, déjà !

– Que dit ce message  ?

– Le message dit « ERROR 142 PROGRAM NOT RUNNINGON INTERNAL COMPONENTS ».
Qu’est-ce que ça veut dire ?

– C’est un problème commun qu’on voit souvent lors de la première installation.

– D’accord ! Que dois-je faire, alors ?

– Regardez dans votre menu principal. Vous devriez voir les cases «S’accepter soi-même». Je vous conseille, si cela n’est pas déjà fait, de cocher aussi les cases
«Se pardonner soi-même», «S’auto-féliciter» et «Connaître ses propres limites». D’ailleurs, vous devriez supprimer les options «S’autocritiquer» et «Se renfermer  sur soi-même».

– C’est fait ! Tiens, il y a de nouveaux fichiers qui viennent d’apparaître dans mon cœur…
Il y a le fichier «Sourire.JPG» qui vient de s’ouvrir, puis le fichier «Bonheur.mpg» qui se met à jouer et le programme «Paix-intérieure.exe» qui vient de démarrer. Ho là là, est-ce normal ces nouvelles couleurs et ces nouveaux sons ?

– Oui, oui, c’est tout à fait normal, et il y en a beaucoup plus. Vous les découvrirez tout au long de vos futures mises à jour.
Une dernière chose avant de terminer…

– Oui ?

– N’oubliez pas que ce programme est gratuit. Et en tant que logiciel partagé, il vous serait profitable de le partager avec les autres qui pourraient en avoir besoin. N’oubliez pas que, plus vous partagerez avec d’autres cœurs, plus votre programme se développera.

– Je vous remercie de tout cœur.

Texte et photo internet

Devant la Croix

IMG_0087Entendre pleurer mon coeur et ne plus bouger,
l’écouter souffrir et ne pas pouvoir prier
serrer les poings et respirer difficilement,
la gorge nouée, les yeux fermés
Reconnaitre la douleur et tomber lentement
Pour m’agenouiller devant la croix

Laisser couler le temps et puis enfin tout dire, crier en murmurant
Entendre mon coeur qui s’apaise
Savourer mes solitudes et partager mes silences
Sentir quelque chose de tendre en moi.
Me prendre un coup de printemps dans la gueule
Sourire, ouvrir les yeux et me relever
Debout devant la croix

Le poète qui marche

040Tout d’abord je vois une silhouette qui s’avance vers moi lentement à travers un désert magnifique. Petit à petit je distingue un homme jeune, tête penchée, son visage est caché par ses longs cheveux noirs jusqu’au moment où passant devant moi il me regarde et ses yeux d’un vert doré m’hypnotisent. Nous nous disons bonjour, et alors qu’il continue son chemin je le retiens en lui demandant qui il est.

Il me parle sans rien dire. C’est curieux, vraiment bizarre. Puis je comprends que nous communiquons par télépathie et je trouve ça tout à fait naturel.
Il me dit qu’il est poète et ça me fait sourire car je ne le prends pas au sérieux.

Depuis toujours il veut transcrire ses poèmes, mais c’est impossible, je ne sais plus s’il dit que le papier est bizarre ou si les stylos ne marchent pas, il est condamné à les apprendre par coeur. Il accepte que ce soit comme ça mais ça le rend triste car il a peur d’en oublier.

Puis il me raconte qu’il marche, sans cesse il marche pour les mémoriser. Il m’avait croisée un jour. Je lui avais demandé qui il était, que je ne voulais plus voir de tristesse dans ses yeux verts de poète qui marche.Je lui avais dit qu’il y avait d’autres façons d’écrire des poèmes. Je lui ai donné un livre aussi petit que l’ongle de mon pouce, les pages faites de canevas vierges.
Il t’est impossible d’écrire ? Mais tu peux broder, fais-le et ne doute pas, c’est tout.

Ses beaux yeux brillent, il ouvre sa main et je vois le minuscule livre brodé. Il n’a pas douté et il a brodé ses mots. Enfin il écrivait !
Attends, je vais te montrer
Il tourne les pages. Il y a des dizaines de poèmes, certains très longs, d’autres ne font que quelques mots, mais tous tiennent sur une page et je n’arrive pas à comprendre comment tout cela est possible.
Et puis quelle idée bizarre de broder des poèmes sur un support aussi minuscule. D’ailleurs je ne me rappelle même pas l’avoir déjà rencontré, pourquoi lui aurais je dis de broder ses poèmes ? Je ne comprends pas.Tout est est à la fois étonnant et normal.
Je prends une loupe dans ma poche et je commence à lire, je suis épatée et admirative…
Tu es très fort
Mais non, il suffit de savoir que c’est possible et je veux te dire merci.
Je pense que je lui demanderai des explications plus tard car je ne vois pas de quoi il veut me remercier. Tout d’abord je veux absolument tenir le livre pour continuer à lire.
Ce n’est pas possible, tu ne peux pas le toucher, et tu dois faire vite.
Alors j’essaie d’en lire le plus possible et je les aime tous, mais il ferme le livre avant que je puisse terminer. Il faut qu’il continue sa route.

Je me rappelle du début d’un seul d’entre eux

Je suis un téléphone
j’ai plus de mille deux cents noms…

Impossible de me souvenir de la suite. Je sais qu’il fait très exactement huit lignes, ses mots sont brodés de différentes couleurs et il est amusant. Je sais qu’il ne parle pas d’un répertoire et je me dis que ce serait rigolo si moi aussi j’avais mille deux cents prénoms.

Je lui dis que je ne me souviens absolument pas l’avoir rencontré ni lui avoir remis le livre à broder.
Quand t’ai je donné ce livre ?
Demain
Il plonge ses yeux mystérieux dans les miens et toujours sans parler il me dit une phrase dont je ne me souviens pas, puis il reprend sa longue marche.

J’ai voulu rattraper le poète qui marche, mais je me suis réveillée…

Et après ?

Printemps 2015La petite fille a levé vers moi son joli petit minois et m’a demandé en souriant « Ca y est ? Il n’est plus mort ton papa ? Après tu viens jouer ! »

Après ? C’est la vie qui continue, le coeur en amour et en paix …

Et songe qu’au printemps, l’hiver sert de passage
Qu’un profond calme suit l’orage
Et que la nuit fait place au jour
P. Corneille

Faire le vide

zenPlus les années passent et plus j’ai envie de moins, de minimum, presque de vide, mais nan ! Faut pas exagérer, je ne suis pas prête à l’ascétisme.

C’est bizarre car je voudrais encore moins de meubles mais plus de confort, ne plus avoir d’objets mais ne manquer de rien. D’ailleurs je ne remplace pas et parfois j’ai une crise de jetage alors je jette ou je donne.
Pourtant, sans savoir pourquoi, ou peut être parce que je ne veux pas savoir pourquoi, je m’accroche encore à un objet. Je me contredis toute seule, je crois que je peux me moquer de moi !

Mais je veux plus ! Oui, oui, je veux moins et je veux plus (Je ne cherche même plus à me comprendre)
Davantage de liberté, si je puis dire, puisque si ce n’est la liberté tout court, c’est ne pas être libre (Là je sens que vous vous demandez ce que j’ai pu avaler dans ma délicieuse tasse de thé ce matin hein ? ) plus de temps, plus de voyages, plus de possibilités, plus de douceur et de paix, en moi et autour de moi.

Je veux vider davantage ma maison. Minimaliste et zen je la voudrais. J’ai l’impression, peut être idiote, que moins je possèderais plus libre je serais.
Oui c’est ça, vider pour me libérer, comme pour me délivrer d’un poids.que je veux déposer, mais on dirait bien qu’il me faut beaucoup (trop) de temps et ma vie ne dure qu’un instant que je voudrais ne pas gâcher. Un précieux petit moment de vie sur cette planète qui non seulement est belle, mais pourrait aussi être merveilleuse si les humains la laissait vivre sa vie au lieu de l’encombrer et d’accumuler sans discernement. Tout simplement.

Pfiouuu ! Je crois qu’il va falloir que je me prépare une tasse de thé supplémentaire moi. Et ça je garde !

Armelle au bois dormant

coucouViens, viens dans mes bras mon amie, que tes larmes de joie aux miennes se mêlent.
Viens déposer ta peine et laisse les plus belles attentes se glisser en toi car Armelle au bois dormant se réveille lentement de sa trop longue nuit.
Les médecins sont optimistes, Les progrès de ta fille sont incroyables et tous les espoirs sont permis. Coucou a-t-elle dit avant de dormir un peu pour prendre des forces.
Viens dans mes bras mon amie, il faut maintenant trouver la force de laisser du temps au temps.
Nous ne remercierons jamais assez l’équipe médicale et tous ceux qui se sont unis autour d’Armelle par la pensée ou par la prière.
Merci au ciel, à toutes et tous, Merci infiniment, éternellement, éperdument… Merci.

 

photo internet

Armelle

photos portable 2010 003Le téléphone a sonné cette nuit. De sa voix douce et tremblante, mon amie m’a parlé de sa fille.

Armelle s’est faite renversée par un chauffard mardi.

Elle est entourée de machines, beaucoup (trop) de machines. Coma profond ont ils dit. On ne peut pas se prononcer

Armelle est authentique, courageuse, intelligente, et en plus elle est jolie. Elle est aussi sans complaisance et cela perturbe certains…

Armelle est en quête, elle est en chemin sur ses propres sentiers, sa foi au chaud dans son coeur.

Armelle m’avait dit, un jour où elle affrontait une épreuve terrible ‘Si j’entre en acceptation, alors tout arrive pour le mieux » avec ce regard tendre et  mystérieux de ceux qui savent lâcher prise quand d’autres s’agrippent de toutes leurs forces à leurs douleurs.

Armelle recommençait à vivre et son sourire me faisait penser à celui qu’elle avait sur les photos quand elle était enfant. L’image s’est envolée, on voudrait croire qu’elle ne fait que dormir.

Autour d’elle une chaine de prières s’est spontanément créée…  Quelle que soit l’issue, que la force de l’Amour soit avec elle et sa famille.

Ainsi soit-il.

De l’amour comme s’il en pleuvait


 

C’est bon, c’est vraiment très bon. Pourtant ça fait mal. Une petite fille a mal par toutes les larmes retenues, tous les baisers non reçus, tous les mots doux jamais entendus, les câlins jamais reçus.
Comment faire pour accepter l’amour quand on n’a pas l’habitude ?

Il commence à faire nuit, je compte jusqu’à 50 et si celui qui sort de la petite cabine en bois est un vieux, j’y vais ! Si personne ne sort ou si c’est un jeune, je m’en vais.

… 47, 48,… J’entends un bruit de pas derrière moi, je me retourne, j’oublie 49 et 50, j’oublie de regarder si quelqu’un sort de la petite cabine en bois. J’entends une voix qui me demande si j’attends. Oh ! Quelqu’un qui parle français ! J’ai envie de fuir et pourtant je dis oui. Venez, me dit-il, il y a un banc près des arbres, c’est mieux qu’une cabine et nous y serons tranquilles. Silencieuse, je suis le jeune homme. Je suis déconcertée, je n’avais pas prévu ce schéma là ! Je voulais un vieux moi, qui soit expérimenté, qui me guide, et je me retrouve devant un gamin. Ca va pas le faire, ça va pas le faire ! Vaut mieux que je m’en aille… Courage fuyons !

Pardonnez moi mon Père parce que j’ai péché. Je ne sais pas quoi vous dire, je ne me suis pas confessée depuis plus de 20 ans. J’ai dit des gros mots, j’ai menti, je suis gourmande, je n’ai pas toujours été gentille, mais voilà quoi, moi je ne sais pas quoi vous raconter, et pourtant je suis devant vous ce soir, sur ce banc, dans ce pays que je ne connais pas. Je ne sais même pas si j’ai vraiment voulu cette rencontre car j’étais prête à m’enfuir, je suis désolée, mais ne sais pas quoi vous dire, vaut mieux que je m’en aille.

Asseyez vous plus confortablement et détendez vous me dit le tout jeune prêtre. D’où venez vous ? La France ? Moi de Belgique ! Relaxez vous, nous avons le temps malgré la nuit qui vient. Dites moi, là sans réfléchir, comme ça, à quoi pensez vous ?
A rien ! navrée, mais à rien et pourtant de mes lèvres sortent des mots, je lui dis que je pense que je devrais avoir des regrets, mais ce n’est pas le cas et ça ne me gène pas et je crois que ça devrait me gêner.
Mais pourquoi je dis ça moi ? Que se passe t-il ? Je n’y pensais même plus à tout ça ! Pourquoi ces mots sont sortis de ma bouche ? Et puis c’est bizarre cette sensation. Ce n’est pas moi qui parle, les mots viennent d’ailleurs, c’est vraiment étrange, que m’arrive t-il ?

Le jeune homme en soutane me regarde gentiment et me pose alors une question toute simple. Je reste interloquée, sidérée même. Soudain le rideau se déchire, soudain je comprends, soudain je mets des mots sur mes maux, là ! comme ça ! en une fraction de seconde ! soudain je sais !
Il n’attend pas ma réponse car il sait lui aussi. Il prend mes mains et me dit doucement une phrase que je n’oublierai jamais.
Comment un si jeune homme peut-il être capable de me dire exactement ce que je devais entendre ?  Comment ce presque gamin qui me tient les mains, là sur ce banc, à la lisière de cette forêt si loin de la France a t-il trouvé ces mots là ?

Il me parle encore. Malgré tous mes efforts mes larmes coulent, je n’y comprends rien, je n’ai aucun regret, tout est bien.
Je me sens comme hors du temps, je suis là et je suis partout. Je suis une poussière et je suis une étoile. Je regardais la mort et je suis la vie.
Il pleut, il n’y a pas un nuage mais il pleut de l’amour. Cette impression de me retrouver sous cette pluie d’amour qui tombe sur moi, qui m’imprègne, qui ne s’arrête pas, c’est surprenant, c’est incompréhensible et indescriptible. Je ne contrôle plus rien, je tremble. Je suis seulement là, sur ce banc, dans l’obscurité et je suis baignée d’amour. C’est bon ! oh mon Dieu, comme c’est bon ! Vraiment trop bon. Je n’ai pas les mots pour décrire cette pluie d’amour qui me fait tant de bien et me fait très mal. La petite fille en moi réalise à quel point le manque d’amour a été douloureux.
L’amour était, est et sera toujours et je ne le savais pas. Je ne savais pas que j’y avais droit. Que de temps perdu à vivre debout, mais blessée. C’était bien plus dur que je ne l’imaginais, ça fait mal de savoir que j’aurais pu être épargnée. J’ai été bien plus forte que je ne le pensais, j’ai survécu plutôt bien que mal. Maintenant je sais que j’ai le droit de pleurer et de me laisser aimer.

Le jeune prêtre impose ses mains sur ma tête et prie pour moi. Je ne peux rien faire. Je suis tétanisée. Alors il prie encore et encore, de tout son coeur.
Je voudrais lâcher prise, lâcher ma douleur, mais elle est tenace. Je laisse la pluie tomber sur moi, cette pluie d’amour qui vient d’ailleurs.
Il me dit que je suis bénie et que le temps viendra pour moi… il me dit que l’amour c’est gratuit… il me dit qu’il fallait que ce soit lui et moi ce soir là et personne d’autre… Je le remercie entre mes larmes. Avant qu’il parte je lui dis que lui aussi est béni.

Aimer quelqu’un, en général on sait faire, plus ou moins bien. Accepter de se laisser Aimer… quand on n’a pas l’habitude, C’est difficile. C’est délicieux et c’est douloureux alors parfois on se protège de l’amour. Quel gâchis !

Je veux de l’amour, de l’amour comme s’il en pleuvait…

Imaginez une femme…

femme

Imaginez une Femme…

Imaginez une femme qui croit que c’est juste et bon qu’elle soit une femme.
Une femme qui honore son expérience et raconte ses histoires.
Qui refuse de porter les péchés des autres dans son corps et sa vie.

Imaginez une femme qui a confiance et se respecte elle-même .
Une femme qui écoute ses besoins et désirs.
Qui y répond avec tendresse et grâce.

Imaginez une femme qui reconnaît l’influence du passé sur le présent.
Une femme qui a traversé son passé.
Qui a guéri dans le présent.

Imaginez une femme qui réalise sa propre vie.
Une femme qui exerce, initie et agit en son propre nom.
Qui refuse de se rendre sauf à son soi authentique et sa plus sage voix.
Imaginez une femme qui nomme ses propres dieux.
Une femme qui imagine le divin à son image et à sa ressemblance.
Qui conçoit une spiritualité personnelle pour sa vie quotidienne.

Imaginez une femme amoureuse de son propre corps.
Une femme qui croit que son corps est suffisant, comme il est.
Qui célèbre ses rythmes et cycles comme une ressource exquise.

Imaginez une femme qui honore le corps de la Déesse dans son corps en changement.
Une femme qui célèbre l’accumulation de ses années et sa sagesse.
Qui refuse d’utiliser son énergie vitale pour déguiser les changements de son corps et de sa vie.

Imaginez une femme qui estime les femmes dans sa vie.
Une femme qui s’assoit dans les cercles de femmes.
À qui l’on rappelle la vérité de sa nature quand elle l’oublie.

Imaginez-vous comme cette femme.

~ Patricia Lynn Reilly (traduction libre)

Original extrait de la page : Wild Women Spirit Dance – Sisterhood