En silence

P1020529Les vrais amis peuvent voir ces trois choses :

Ta peine derrière ton sourire…
L’amour que tu as malgré ta colère…
Et… la raison de ton silence…
source internet

Et toi, as tu vu… ?

 

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La Californie

P1020459J’imaginais la Californie comme une carte postale, le soleil, les plages, les belles blondes en maillot et rollers, les beaux gosses bodybuildés tentant de nous faire croire que c’est naturel…

Pour quitter San Francisco nous avons choisi de longer la côte californienne et avons découvert une très jolie route sur ce bord de mer escarpé. Les virages à n’en plus finir, à la lisière de forêts magnifiques nous laissent découvrir un décor que les studios d’Hollywood ne peuvent imiter. Ces forêts somptueuses sont heureusement déclarées sites protégés ainsi que la côte recouverte de tapis de fleurs rousses à flanc de coteaux menant à des criques et des calanques sublimes. Un ravissement.

La Californie, c’est aussi des loutres batifolant dans les algues, regardez bien, tout en bas, oui, elles sont juste là….    Un léger vent doux et tiède, nous offre les conversations lointaines des otaries et des éléphants de mer, quelques virages plus loin et de nouveau le calme, le silence, les points de vue inattendus, la quête comblée de mon amoureux sur les traces de Kerouac et de  Miller. Les chaudes couleurs du jour font la révérence devant la tendre luminosité qui va nous mener vers une soirée bleutée.

La Californie c’est aussi l’impossibilité de capturer un coucher de soleil sur l’océan, beau à couper le souffle et la surprise d’arriver juste à temps pour voir les elephant seal se faire des mamours pour se souhaiter bonne nuit et s’affaler de tout leur poids bien confortablement sur le sable, les plus jeunes serrés en petits groupes, bien en sécurité. La satisfaction d’apprendre que l’humain fait aussi de belles choses en les sauvant d’une disparition certaine.
C’est le plaisir d’être ensemble pour admirer, sentir, aimer. C’est la gentillesse et la courtoisie autour de nous. Le temps qui ralentit pour nous laisser du temps…

Mon petit bout de chance

Rio GrandeA Rio Rancho au Nouveau Mexique, je me promène avec Byron et Mason sa fille de 7 ans sur les bords du Rio Grande. Le temps est doux et la ballade agréable. Le fleuve nous accompagne tranquillement, je fais le plein de souvenirs, de couleurs et de bonheur.

J’aurais aimé voir les ours, je sais, vous pensez tout de suite que courageuse je suis…  Mais j’ai quand même croisé des sauterelles. Oui j’en conviens, ce n’est pas le même gabarit, mais je fais avec ce qu’il y a ce jour là.
Mason attrape un joli serpent noir et vert, il est terrorisé et se met à tournoyer, il faut le relâcher avant qu’il se blesse, je n’ai pas eu le temps de le caresser, il s’est trop vite caché dans les cailloux.
J’apprends que les yuccas servaient aux indiens pour de nombreux usages et les pointes de ses feuilles dures et ligneuses sont affutées, gare à qui les frôle !
Nous traversons un champ de fleurs jaunes pour découvrir un banc de sable marqué par les larges traces des oies sauvages qui cherchent à dormir en sécurité à l’abri des buissons quand tombe la nuit.

Byron et sa fille aiment parcourir les berges du Rio Grande, cherchant les turquoises que le fleuve dépose sur ses rives lorsque son niveau décroit. Il m’explique que lors de certaines cérémonies les indiens aiment à y jeter des bijoux en offrande pour calmer ses colères.

Il est rare d’en trouver me dit-il au moment même où je m’exclame, ahhh ! I found one ! Du moins je pense que c’est ça ! Au milieu d’un amas de gravier de toutes les couleurs, car le territoire est riche en minerais de toutes sortes, une tâche vraiment minuscule de ce bleu-vert a attiré mon oeil. Serait-ce un morceau de bijou indien ? Byron se précipite, oui ! c’est une turquoise ! Il me congratule car il est rare de trouver une perle, de plus elle est pâlie par le temps… Valeur ajoutée ! Il me dit que ça porte chance.

J’ai remercié le ciel pour  l’indien qui a fabriqué ce bijou sacrifié et pour le fleuve qui me l’a offert en retour. Je suis toute contente, je vais emporter en France mon petit bout de chance.

photo ph.c

Il faut choisir..

P1020350Mon écrivain préféré ne se contente pas d‘écrire des livres, il s’est découvert depuis 1 an une seconde passion, la photo.

Il a investi dans un appareil, pris quelques cours et comme il a l »oeil affuté… Je kiffe comme disent les djeuns !

Lui il sait ce qu’il faut photographier et il sait raconter, vous trouverez donc entre autres choses sur son blog des photos et récits de notre journal de voyage aux USA.

Moi, c’est lui que j’aime photographier, c’est déjà pas mal ! Donc entre le Golden Bridge et lui…

Mais bon, chut ! Je compte sur vous, il ne faut pas lui dire que j’ai écrit un billet à sa gloire, ça va le mettre mal à l’aise et il va me priver de bisous (et ça c’est inenvisageable ! 😉  )

L’homme en noir

Quand je l’ai rencontré, je ne savais pas que je penserais souvent à lui.

Albuquerque, au Nouveau Mexique, est une ville immense dont nous ne visiterons essentiellement que le plus vieux quartier. Mon amoureux se régale à photographier les bâtiments style adobe, les spécificités indiennes, l »ambiance…  Capturant les couleurs, les lumières, les transparences.

J’étais donc seule et je marchais tranquillement, mémorisant au maximum pour faire provision de souvenirs, profitant pleinement du calme étonnant qui se dégageait. J’aime bien flâner comme ça au hasard, une et anonyme, découvrir un territoire, croiser des inconnus, passer sans laisser de trace ou faire des rencontres parfois étonnantes. Il y a très peu de monde et pas de véhicule, c’est rare et appréciable.

L’homme en noir est assis sur le muret qui entoure l’église ocre au coeur de la plazza historique. Dès que je l’ai vu, mon coeur a été immédiatement attiré, comme happé.
Je ne me suis pas arrêtée mais seulement assise un peu plus loin et je l’ai regardé.
Lorsque je suis passée devant lui j’ai eu soudain la sensation de ne plus être seule dans ma promenade ! Ah bon ? Le destin me fait un signe, je le sais, je le sens, mais comme à chaque fois, c’est indéfinissable. Je ne comprendrais qu’a posteriori qu’il s’agit de celui que je viens de croiser et qui ne m’a d’ailleurs même pas vue.

Un jeune homme s’est posé près de moi, comme pour détourner mon attention. Je l’observe un instant, mais mon esprit est aussitôt rattrapé par cet autre là bas sur le muret. Le visage du biker en noir semble tanné par le soleil, il vient peut être des indiens ?
Il est immobile; mais quelque chose m’interpelle, un peu comme si nous nous étions déjà connus… C’est bizarre.
Aucune rencontre n’est anodine, je le sais. Impossible de définir ce qui me donne envie d’entrer en contact. Il est certain que nous avons quelque chose à partager puisque j’ai envie de lui parler. Je n’ose pas. Je me raisonne et je me sens un peu bête, je ne vais pas aller vers lui comme ça, je ne saurais même pas quoi lui dire… Sans savoir pourquoi, j’ai eu cet élan, j’ai écouté mon coeur qui me disait « go » (oui mon coeur parle anglais quand il le faut) Parfois, il faut savoir ne pas réfléchir pour laisser les choses se faire simplement.

Hi ! may I take a picture ? Je sais, ce n’est pas très original comme entrée en matière, mais c’est la seule chose qui m’est venue à l’esprit. J’attends une longue seconde, et il me répond OK. puis il ajoute I can’t smile ! Je sais à cet instant précis, avec fulgurance, qu’il sera dans mes prières. Sa voix grave est chaude, surprenante de douceur. Contrairement au style américain, il parle lentement, comme s’il réfléchissait chaque parole prononcée.
Il répète, I can’t smile ! J’ai l’impression de le déranger et suppose donc qu’il ne voudra pas discuter. J’en suis déjà désolée, prête à le laisser tranquille. J’imagine qu’il est peut être triste ou qu’il ne veut pas montrer une dentition laissée à l’abandon, je prends donc très vite une photo pour ne pas l’importuner davantage, et je le remercie.

Il y a une magnifique moto rouge, absolument superbe, garée tout près. Je dis qu’elle est splendide, je le remercie encore et lui dis au revoir. Je pars et sa voix tranquille et douce me rattrape aussitôt. Il n’a toujours pas bougé, seul son visage se tourne vers moi. Il me demande alors d’où je viens, je réponds : from France. Je m’attends à ce qu’il ne connaisse pas, comme souvent les américains, et je me prépare à dire ‘Pârisss », en général ça marche mieux, mais à mon grand étonnement ce sera inutile.

Je découvre alors son magnifique sourire. Il me demande mon prénom, combien de temps je vais rester, si c’est la première fois que je viens…

Il est tellement calme et mesuré dans ses paroles… Comme un chef indien qui ne prononce que les mots nécessaires.
Il me dit qu’il s’appelle John, il voyage ici où là, sa maison est son pays. Il me dit aussi qu’il a 76 ans, qu’il est vieux et va bientôt aller là haut en me montrant le ciel avec sa main. Je lui réponds qu’il a le temps ; Il a un petit geste qui me laissera songeuse. Il est très beau, j’ai envie de le lui dire, et bien d’autres choses encore, mais je ne sais pas comment faire passer le message en anglais sans que cela soit mal interprété, alors je ne dis rien…

Je me retourne et je le vois de dos, il marche d’un pas tranquille et souple.
La silhouette noire avance droit devant sous le soleil. Nos routes se séparent et ma prière commence en silence…

Longue et douce vie à toi JohnP1020591