En pyjama

037Il y a des nuits où je tournicote (Nos amis québécois diront que je fais un pitourne, merci pour l’info à MD Louv’ de Planète Opalie ) et il y a des nuits où je dors pour mieux me réveiller de temps en temps.

J’ai des nuits de folie douce où je fais n’importe quoi, mais il faut que je vous dise que j’ai aussi des nuits paisibles sinon vous allez croire que je semble être ce que je ne suis pas (Insomniaque ! Mais enfin ! A quoi pensiez vous petits chenapans ? ).
Donc ces derniers temps le tournicotage a fait place aux réveillages. Pour voir la fameuse éclipse de lune je me suis dit que si je dormais d’une traite tant mieux, sinon je n’avais pas besoin de mettre mon réveil, j’avais de grandes chances de me réveiller suffisamment de fois pour voir l’éclipse.

Premier réveillage vers 2h15, je me lève et je cherche ma lune. Ne la trouvant pas depuis chez moi je décide de sortir dans la rue. Je vérifie si la voie est libre, personne !
Elle est cachée par la maison des voisins, mais je la déniche vite. Elle est très belle, mais normale, plus grosse et plus brillante que jamais, mais normalement normale.
Je me recouche avec l’espoir de me rendormir rapidement et grande joie dans ma chaumière, c’est le cas. Tant mieux tant pis si je ne me réveille plus, au moins j’aurais bien dormi.

Mais 2eme réveillage à 4h30 et je recommence.J’entrouvre la porte, un coup d’oeil à droite puis à gauche, toujours personne, c’est un vrai désert, alors me revoilà encore ce matin dans la rue pour trouver la lune rouge. Cette fois ci, c’est tout bon ! Elle est encore là mais colorée et énigmatique, un peu bizarre. Ce n’est pas ma lune de d’habitude et je suis contente de la voir si différente. Toujours personne dans la rue ou aux fenêtres, je peux prendre mon temps. Quand enfin je rentre enfin chez moi j’entends quelques secondes plus tard passer un véhicule, ouf ! Ma dignité est sauve, à part mes chats plutôt intrigués, on ne m’aura pas vue en pyjama, les cheveux en pétard, au beau milieu du petit village où j’habite en ce moment, à Bout de Brousse.

Je craignais ne pas pouvoir me rendormir, ben non ! C’était presque une nuit parfaite et j’ai dormi jusqu’à ce que mon amoureux vienne me chercher pour prendre mon petit déjeuner. Pour une fois heureuse de m’être réveillée dans la nuit je lui ai dit : Je l’ai vue, en pyjama au beau milieu de la route…

La fraise dans le cerisier

CerisiersWanda, elle est belle ! Très belle ! Et puis elle est forte, rapide, téméraire, fougueuse. Pleinement vivante, une guerrière, libre et incontrôlable, probablement un peu folle aussi, enfin c’est ce qu’il me semble… Je garde de notre rencontre un souvenir inoubliable.

Il y a quelques années, mon (futur ex) mari et moi avons vécu quelques mois dans un village situé au sommet d’une colline. Nous savourions la douceur, le soleil, la mer à perte de vue, la tranquillité. Nous étions jeunes et beaux…. Oups ! je m’égare là !

Parce que nous étions terriblement sympathiques (si, si !) nous avons rapidement fait connaissance avec tous les habitants du centre ville (Ils étaient 23 quand même) et nous avons fait considérablement chuter la moyenne d’âge (78 ans avant notre arrivée). Nous étions de toutes les parties de pétanques et des rassemblements festifs. La vie était douce.
Je me souviens des jolies ballades sur un chemin aboutissant sur une minuscule et adorable chapelle abandonnée. Des cerisiers poussaient sur les terrasses à flanc de colline, leur somptueuse floraison printanière laissait augurer des fruits en abondance. Je n’osais pas, et surtout je ne savais pas à qui demander la permission d’en cueillir une poignée lorsque le moment serait venu.

Mais le hasard fait parfois bien les choses  Une des mamies avec laquelle j’aimais bien discuter me dit un jour « les cerisiers sur les terrasses en contre bas du chemin sont miens, si tu veux bien me ramener un petit panier de cerises, tout ce que tu peux cueillir sera pour toi, moi je suis trop vieille, je ne peux plus y aller ».

Hmmm !  la perspective des cerises bio cueillies par mes petites mimines et aussitôt mangées, peut être même pousser l’audace jusqu’à faire le premier pot de confiture de ma vie.. Oh mais voui, bien sûr, je vais me dévouer pour rendre ce service à cette gentille mamie.

Il faut que je précise un détail d’importance importante. Nos promenades jusqu’à la chapelle, alors seul et unique bâtiment niché dans son joli écrin de verdure étaient devenues un défi car le vieux Marcel, enfant du village et commissaire de police retraité avait fait construire tout récemment sa maison près de la chapelle solitaire. Il y vivait avec Wanda, prunelle de ses yeux, son doudou, son féroce bébé de 40 kg à la belle robe noire et feu… Je ne sais plus la marque, je crois que c’était un Doberman.

Ah oui, je parlais des cerises ! Nous voilà en contre bas du chemin, sur la 2eme terrasse, tout à notre cueillette, nous régalant du fruit juteux et sucré, des enfants n’auraient pas été plus ravis. L’après midi était doux et magnifique, pas un bruit si ce n’est le chant des oiseaux, pourtant au bout de quelques minutes je me sentis soudain mal à l’aise, comme épiée et ma petite voix, qui ne se trompe jamais, tirait le signal d’alarme !

Je me retournais et… Aïe aïe aïe ! Wanda était là, sur la planche au dessus, à seulement 7 ou 8 mètres de moi. Mais c’est tout près ça ! Beaucoup trop près ! J’avais l’impression d’avoir sa gueule au niveau de mon petit nez…  Elle était immobile, les babines retroussées, n’émettait pas un son et ne me quittait pas des yeux. L’angoisse ! J’étais devenue blanche si tant est qu’on puisse l’être davantage que je ne le suis de nature, je pense que j’ai du frôler la transparence !
Mais depuis combien de temps est elle là ? On n’a rien entendu !

Je respirais à fond pour me ressaisir et essayais de parler sur un ton normal à mon mari occupé sur le cerisier à côté. Retourne toi lentement je lui dis, il y a Wanda juste au dessus, elle va nous bouffer, elle a déjà mordu Madame Mazette il y a 15 jours et Monsieur Papet il y a 1 mois.
II se retourna puis me prévint en me parlant lentement et en me regardant bien droit dans les yeux car il connaissait ma peur des chiens.

– En effet, elle est prête à se jeter sur toi. A mon signal, je vais lancer un caillou au loin pour attirer son attention, tu auras 2 secondes pour grimper dans le cerisier.
– Quoi ? Mais….. je suis petite, la première branche est à 2 mètres de hauteur, je vais faire comment ?
– Tu te débrouilles, mais c’est ta seule chance, tu n’as pas le choix, tu grimpes et c’est tout !

Il lança la pierre et je ne sais par quel miracle, poussée par la peur ou par mon ange gardien, je me retrouvais dans le cerisier ! Egratignée de partout, je saignais, mais j’étais sur ma branche. Tremblante, mais triomphante après cet exploit. Blanche de peur en effet, mais habillée de rouge avec… un chapeau vert je me sentais comme une grosse fraise ! Si ! Si ! C’est simple, fermez les yeux  (pas trop longtemps) et et imaginez…

Wanda était au pied de l’arbre, très menaçante. Cette fois elle grognait et grondait, toujours sans me quitter des yeux. Tous les efforts de mon époux, lui aussi perché dans son cerisier, pour détourner son attention furent vains.

Chacun dans son arbre, ça valait une photo ! Nous aurions pu figurer dans un cartoon ! Qu’allions nous faire ?  La maison de Marcel était à 200 m environ, peut être nous entendrait-il ? Nous nous mettons à hurler bien agrippés à nos branches, je fus prise d’un fou rire nerveux car si la situation était vraiment comique, je n’en menais pas large. Mais pourquoi était-il venu construire sa maison ici ? Et pourquoi avec Wanda ? Rhaaaaa !!! Bon puisque c’était comme ça, je mangeais les plus belles cerises qui maintenant étaient à ma portée ! Voilà ! Je me consolais comme je pouvais. C’est qu’elles étaient encore meilleures celles là ! Je les avais méritées et elles avaient eu leur dose de soleil ! On mangeait et de temps en temps on criait pour appeler Marcel à l’aide.

Nous sommes restés comme ça un long moment. Le soir commence de tomber et puis je n’avais plus envie de cerises moi ! Soudain, ô grand bonheur ! ô joie ! Wanda détourna son regard menaçant et d’un coup fila vers sa maison.

Nous avons attendu qu’elle soit bien loin pour descendre de nos cerisiers respectifs. Je n’y arrivais pas seule, mes jambes tremblaient encore et c’était trop haut pour moi. J’arrivais à poser mes pieds au sol avec l’aide de mon mari.

Nous nous dépêchions pour rentrer, mais soudain un bruit derrière nous nous alertait … Oh non ! Non ! Non et non !  Wanda arrivait à fond de train. Elle se planta devant nous, les crocs bien visibles et elle grogna méchamment ! J’étais livide, les jambes molles et pourtant je n’avais qu’une envie, pulvériser le record mondial du sprint ! Un vrai cartoon je vous dis !

Mon mari ne se démonta pas, il se mit devant moi (ou moi derrière lui, je ne sais plus ! ) et m’intima de ne pas bouger.
Mais c’est dur de ne pas bouger quand on a la frousse. Je m’accrochais à son blouson de mes 2 mains, mais je savais que ça ne suffisait pas alors je collais mon front contre son dos et je fermais les yeux. J’entendais Wanda qui grognait fort et la voix calme et assurée de mon époux : Wanda pas bouger, assis, etc… Et moi je n’avais qu’une envie, prendre mes petites jambes à mon cou, courir de toutes mes forces, très vite, très loin. Mieux ! Je rêvais de téléportation ! De voyage dans le temps ! D’un miracle !
J’entendais les mots autoritaires de mon mari qui ne semblait intimidé devant Wanda toujours aussi menaçante.
Je me convoquais dans mon bureau pour une sérieuse conversation  « Banane ! (oui parce que me traiter de fraise, ça le fait pas) tu ne lâches pas ce blouson, si tu le fais, tu vas mourir ». C’est incroyable la force qu’il m’a fallu pour ne pas lâcher le blouson, je ne savais pas que j’étais capable d’une volonté pareille ! Lutter pour ne pas courir m’avait complètement épuisée et j’ai du user de toute mon autorité pour m’interdire de foncer. C’est fou comme c’était difficile.

Au bout d’un long moment la chienne se détourna soudainement et fila enfin comme une furie. Dès qu’elle fut suffisamment loin mon mari me porta littéralement tellement je tremblais…

Le lendemain je racontais l’histoire à la mamie, en m’excusant pour les cerises que je ne lui avait pas ramenées. J’irais une autre fois lui dis-je, dès que je verrais Marcel dans le village je lui dirais deux mots ou peut être quatre ( pas folle la fraise ! Je n’allais pas aller jusque chez lui hein ! )

C’est moi le chef !

phone juillet 2013 309Deux gardians, celui du fond porte un des tridents (llong bâton avec un trident en fer, servant à piquer les taureaux pour les contenir entre les chevaux durant le parcours)

La fête votive annuelle du village dure 4 jours,s’enchaînent alors les tournois de pétanque, les courses de caisses à savon et autres concours de déguisements. Les forains font tourner les manèges et ça sent bon la barbe à papa. La brasérade est offerte par la municipalité, tout le monde se rejoint sur la place, on retrouve les amis, les voisins, chacun apporte un dessert qu’on partage avec les autres tablées. Les orchestres se succèdent chaque soir, une année on a même eu Johnny sur scène ! presque comme le vrai et c’était pas si mal ! … Ce sont des jours joyeux.

Chaque journée est marquée midi et soir par l’arrivée des manadiers pour préparer les abrivados. Je ne connaissais pas mais j’allais vite apprendre étant aux premières loges. Je vous explique un peu comment ça se passe.
Le départ a lieu à 30 mètres de chez moi ! le camion est resté au soleil depuis des heures, les taureaux à l’intérieur doivent étouffer et se fatiguer, ils seront probablement moins difficiles à contrôler. A l’autre bout du circuit, le camion qui transportait les chevaux est vidé et prêt à recevoir les taureaux à la fin du parcours qu’ils referont plusieurs fois.
On entend enfin le coup de canon annonciateur du début de l’abrivado prévenant les gens qu’il faut se mettre à l’abri, ou passer derrière les barrières de sécurité. Moi je reste témérairement à ma fenêtre, prête à me planquer courageusement si un des taureaux vient à sauter dans la maison (ça s’est déjà vu ! ).
Les manadiers vont faire preuve de dextérité sur leur chevaux, tridents en mains, en menant les taureaux dans la rue principale. Pendant ce temps, les jeunes gens fougueux, habitants du village, rarement des vacanciers qui n’ont pas l’habitude, essaieront de faire échapper un de ces gros bestiaux, qui en leur attrapant la queue, qui en attrapant les cornes pour stopper le taureau afin qu’il ne soit plus sous le contrôle des gardians. Les plus forts iront même jusqu’à faire plier le taureau pour que ses cornes touchent le sol. Parfois le taureau s’échappe malgré les sécurités, il ira courir la garrigue et les vignes. Il faudra qu’il soit retrouvé dans les heures qui suivent pour qu’il puisse retourner sain et sauf dans sa manade.

Les touristes sont contents, le spectacle est surprenant et quand les taureaux foncent vers la foule, ça crie, ça rigole, on se met vite à l’abri malgré les barrières de protection, parce que ça fait peur quand même, ils sont impressionnants ces taureaux, ce ne sont pas des vachettes !

Chaque jour une manade différente fait démonstration de son talent. Les habitués comparent le travail, le choix des taureaux, le nombre de passages, la difficulté selon l’expérience des gardians qui font sortir du camion jusqu’à quatre taureaux en même temps encadrés bien serré par une dizaine de chevaux  !

Lorsque les passages sont terminés, un autre coup de canon annonce la fin de l’abrivado, on peut de nouveau circuler tranquillement.

Bien évidemment, chaque été, la famille ou les amis de passage veulent profiter de ce spectacle, donc je les accompagne, pour les guider, pour veiller à leur sécurité… A ce sujet, j’ai eu une frayeur  Une de celle qu’on n’oublie pas !

Approchez, asseyez vous confortablement, je vais vous raconter.
La première année de mon installation à Bout de Brousse, ma famille est venue en vacances, nous étions dans un village voisin au moment d’une abrivado qu’aucun d’entre nous ne connaissait. Je pensais donc avoir trouvé un endroit sécure pour moi et ma nièce de 5 ans, tout en ayant un excellent point de vue depuis depuis une petite plate forme bien haute située dans le virage. Nous pouvions voir les taureaux arriver de face et après ce fameux virage les voir continuer de dos, c’était nickel ! J’aurais du me demander pourquoi sur un aussi bon endroit pour tout voir, il n’y avait que ma petite bichette et moi !
Tout se passe bien et nous sommes impressionnées lorsque nous voyons les taureaux arriver droit vers nous et virer au dernier moment entourés des cavaliers. C’était bien jusqu’au moment ou un des taureaux échappant aux gardians a sauté sur la plate forme, j’ai eu la trouille de ma vie ! Quand c’est comme ça, c’est fou comme le cerveau fonctionne vite ! deux secondes, c’est court, mais pas assez ! une pour attraper ma nièce comme je pouvais et une pour me précipiter dans un angle et la cacher derrière moi faisant un rempart pour la protéger et il était déjà à 30 cm de moi (j’ai mesuré ! ). Je vous assure que ça fait très bizarre. J’ai décidé très fort que l’énorme taureau essoufflé et énervé que j’avais devant moi partirait sans nous faire du mal. Je ne sais pas si j’ai pensé si fort que ça, mais il m’a regardée, puis il a fait demi tour, essayant de sauter, mais c’était haut. J’ai cru qu’il allait rester bloqué là. Je ne pouvais pas bouger sans attirer l’attention du taureau, et je cherchais désespérément à prendre ma nièce dans les bras et surtout comment trouver la force pour la lancer dans ceux de mon ex mari qui, arrivé en courant, se trouvait en contre bas de la plate forme. Mais à 5 ans, on pèse déjà son pesant de poids et moi je suis un petit modèle, de plus j’étais trop loin, je n’aurais pas réussi et ça me torturait de ne pas réussir à la mettre à l’abri. Je lui disais que tout allait bien, qu’il ne fallait pas qu’elle s’inquiète, mais en fait, elle ne voyait pas grand chose car je la tenais bien cachée derrière moi. Au bout de quelques instants qui m’ont parus des heures, le taureau est enfin parti !

Deux gardians qui n’enserraient pas les autres taureaux étaient descendus de leurs chevaux pour nous secourir avec leurs tridents mais ils ne sont pas arrivés à monter assez vite sur la plate forme qui était très haute. L’un d’eux m’a dit que j’avais eu de la chance, j’ai répondu fièrement « C’est moi qui commande au taureau, c’est moi le chef ! « . Il m’a regardée d’un air intrigué, il a regardé vers le taureau, il a ouvert la bouche, restant un instant silencieux, et a fini par me dire « comment avez vous fait ?  »  puis, il a haussé les épaules et a rejoint ses collègues. Ben quoi ! Fallait bien que je frime un peu pour cacher à quel point j’avais eu la frousse ! s’ils avaient bien serré les taureaux, l’un d’eux ne m’aurait pas fait coucou de si près ! et après tout, peut être que je ne fais pas que murmurer à l’oreille de… mais aussi des taureaux ! 😉
C’est les jambes tremblantes que je suis descendue de la plate forme et que je suis rentrée chez moi.

Mais pour tout vous dire, quand je n’ai pas de vacanciers, je ne participe pas aux abrivados car j’aimerais bien qu’on laisse les taureaux et les chevaux tranquilles !